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Si tu pensais en avoir fini avec le désert, lui n’en a pas fini avec toi.

De Tehachapi à Kernsville

J40 (de Tehachapi, mile 567, au mile 587)

24 mai

Réveil. Petit déjeuner au restaurant de l’hôtel. Fin de préparation du sac à dos. On a quatre jours de nourriture, mais le premier point d’eau sera à 17 miles. Et,comme prévu, il va faire chaud. Je prend un peu plus de 5,5 litres.

Je dis: comme prévu, parce que, forcément, plus le temps passe, plus l’été approche, et forcément, ici, plus il fait chaud.

Et j’admet que les fortes chaleurs, c’est pas vraiment mon truc.

On a donc 28°C de prévu aujourd’hui, et 30 demain. Chouette… Mais bon, il faut bien en passer par là. D’ici une semaine, on devrait être un peu plus tranquilles…

On commence forcément par une bonne première montée. 700m de dénivelé, rien de tel pour bien commencer la journée.

La chaleur monte très vite. Il faut dire, on sort à peine du désert de Mojave. Du haut de cette première coline, on le voit encore.

Derrière, le désert de Mojave
Devant… Ça monte…

Pour ma part, j’aurais préféré partir hier soir, mais Sheppard n’était pas vraiment motivé. Ce que je peux aussi comprendre, Tehachapi est l’une des dernières « vraie ville » avant un moment.

Le midi, juste au début de notre sieste journalière, U-turn et son petit groupe nous passent devant. Eux aussi sont de retour aujourd’hui. Et bon sang, ils marchent vite… Mais ils font de plus grosses pauses. Notre sieste ne durera pas longtemps, on est partis tard ce matin.

On reprend donc la route début d’après-midi. Il fait toujours chaud. On commence à faire attention, on est en territoire des ours ici. Et donc, naturellement, c’est le sujet principal de conversation de a journée.

Encore quelques éoliennes.

On arrive au point d’eau enfin d’après midi. Et quel point d’eau…

Hum… De l’eau bien fraîche. J’offre ma tournée!

On y voit même quelques grenouilles.

Le groupe de U-turn est là aussi, mais ils sont sur le point de repartir.

Bon, on a pas vraiment le choix. Et comme le prochain point d’eau est à 20 miles… On se charge encore. 6 litres pour moi, étant donné la chaleur. Donc 6kg de plus…

On a fait presque 17 miles. Pas si mal, on est pas vraiment partis de bonne heure. Mais la journée n’est pas terminée. Il fait encore jour, le campement ici est petit, et déjà quasiment plein. Et les autres hikers cuisinent sur place.

Hum… Pas terrible. Dans les zones où l’on peut croiser des ours, il est fortement conseillé de ne pas dormir là où l’on a fait de quoi manger. Les odeurs attirent les ours, et on ne tient pas vraiment à les inviter sur le campement, n’est-ce pas?

On se regarde, moi et Sheppard. Hum… Il y a un campement bien noté, presque 4 miles plus loin… Même si l’on risque de devoir marcher un peu de nuit pour y arriver, on y va quand même.

Effectivement, on y arrive de nuit. Il n’était pas encore nécessaire d’allumer nos lampes frontales, mais pas loin. Il s’avère que c’est aussi le campement choisi par U-turn et son groupe…

Par contre, on a choisi de se lever tôt demain, donc on ne traine pas. On s’installe et on se couche.

J41 (du mile 587 au mile 609)

25 mai

Réveil à 4h30. Petit déjeuner en vitesse, début de marche à 5h20.

A force de parler d’ours hier, Sheppard a rêvé d’eux toute la nuit.

On profite que le soleil ne soit pas encore levé pour faire quelques miles. Le premier point d’eau est à 15 miles.

Aujourd’hui, je ne le sens pas. Il fait trop chaud. Tout se combine mal. Il y a des arbres, suffisamment touffus pour couper le vent, mais pas assez hauts pour me faire de l’ombre. Je ne me sens pas bien. La chaleur m’épuise. Je suis fatigué. Je n’avance pas…

Je passe tout de même un point important.

Je réussi a craquer le fond de mon pantalon en enjambant un tronc tombé sur le trail. Et l’une de mes poches à eau a maintenant une fuite. Décidément, c’est ma fête…

J’en suis à me dire que c’est un jour sans. Fallait bien que ça arrive, tôt ou tard. J’arrive tard au point d’eau, le midi. Je ne mange pas, je bois un peu, je me couche à l’ombre d’un arbre et m’endors.

A mon réveil, je me prépare de quoi manger, en discutant avec Sheppard. On vise le point d’eau suivant pour dormir, à 7 miles. Ce qui nous ferait 22 miles pour la journée. Et vu ce qui nous attend pour la suite, mieux vaut rester là bas pour dormir.

Sheppard part devant. Je lui annonce la couleur avant son départ: je ne sais pas quand j’arriverais, mais j’arriverais.

La température à un peu diminué.

Et le paysage change: on entre dans une forêt de grands pins. Ils font beaucoup d’ombre, et le vent passe entre les troncs. Et le trail devient vraiment agréable à parcourir. Je ralentis le pas, histoire de bien en profiter. L’ambiance est apaisante. Je marche en essayant de ne pas faire trop de bruit, pour ne pas interrompre le chant des oiseaux. Et peut-être voir un ours…

A vous de trouver l’animal sur la photo…

A tel point que Sheppard pense, en me voyant arriver tard, que j’ai eu des difficultés à terminer. Alors que justement, contrairement à ce midi, maintenant, je me sens bien.

La source est claire, j’en profite pour me débarbouiller avant de manger. Et ensuite au lit, le réveil va encore donner tôt demain.

J42 (du mile 609 au mile 634)

26 mai

En théorie, il n’y a plus aucun point d’eau fiable jusqu’à la route, à 43 miles. En théorie.

On va faire ce que l’on ne doit pas faire: on va compter sur les water caches. On ne peut en effet jamais être sûr qu’elles sont remplies, mais on va considérer que si. La première est à 7 miles. La seconde 15 miles plus loin. Ce qui nous laissera environ 21 miles pour la dernière étape.

Le plan B, en cas de water cache vide: j’ai récupéré une carte avec les mares pour les vaches des environs. Le problème, c’est que les vaches ne font pas qu’y boire. Et que je préférerais donc éviter de devoir y passer, si possible.

On part de bonne heure, il est encore prévu 27°C aujourd’hui. Un peu moins chaud qu’hier, mais tout de même suffisamment pour m’embêter. Donc réveil à 4 heures.

On trouve des traces intéressantes sur le trail…

Nounours!

La forêt de pins d’hier ne dure malheureusement pas. Le contraste avec ce qui nous attend est même saisissant.

Pas vraiment une forêt de pins…
Et pas vraiment d’ombre…

Le premier point d’eau est bien alimenté. Merci au trail angel qui se charge de ce point d’eau.

Merci!

On retrouve les Joshua trees.

Pause à l’ombre.
Un autre horned lizard moins timide que la moyenne.
1 000 km!

C’est à l’ombre de l’un d’entre eux que je vais manger et faire ma sieste, pour éviter de me dessécher au soleil pendant le pic de chaleur.

Je repars après, et je retrouve Sheppard au second point d’eau. Alimenté lui aussi. Nickel.

Il y a aussi une balance. Verdict… Je ne vous le dirait pas! J’ai appris que certains d’entre vous on lancé des paris sur ma perte de poids. Donc pour ne pas influencer les résultats, motus et bouche cousue.

Je dirais simplement que je continue de perdre, mais le P.P.C.P.P. semble porter ses fruits: le résultat est beaucoup plus acceptable.

On a fait environ 22 miles. Mais bon… L’idéal, pour ne pas arriver en ville demain soir, et trouver les magasins fermés, serait d’avancer un peu… Et puis, on commence à parler de milk-shakes, et c’est ce qui nous motivera demain toute la journée.

Hé bien, figurez-vous que terminer la journée sur un grosse montée, ça n’est pas vraiment facile. J’ai les jambes lourdes. Le chemin me paraît vraiment long.

Enfin, une fois arrivés en haut, on trouve des emplacement bien abrités du vent, et on s’installe.

J43 (du mile 634 à Walker pass, mile 652)

27 mai

Si on ne veut pas arriver trop tard pour ravitailler, et prendre nos milk-shakes, on a 18 miles à faire rapidement.

Et donc, comme d’habitude maintenant, réveil à 4 heures, petit déjeuner à la lueur des étoiles, pour être prêts à partir dès les premiers rayons du soleil.

Lune et Vénus sur fond de lever de Soleil…

Pas trop de vues aujourd’hui, on est le plus souvent cernés par d’épais buissons qui nous bloquent la vue.

La température est plus clémente, et on avance bien.

On arrive au bord de la route à 12h. Et là, on a le choix. Toutes les villes possibles pour le ravitaillement sont loin. On prendra la première voiture qui s’arrêtera, quelle que soit sa destination: Lake Isabella, Kernsville ou Ridgecrest. On évitera juste Onyx, la plus proche, qui ne dispose que d’une petite station service, pas idéale pour ravitailler.

La première à s’arrêter, au bout de 20 minutes, est Cindy, qui habite Kernsville. Va pour Kernsville. C’est tout de même à 60km, mais elle refuse la participation aux frais que l’on lui propose.

Repas, ravitaillement.

Et surtout, milk-shakes!

Pour trois jours.

Les trois derniers jours de la Californie du Sud.

Maintenant, je vous laisse, on va essayer de faire du stop en sens inverse.

4 commentaires sur “Si tu pensais en avoir fini avec le désert, lui n’en a pas fini avec toi.”

  1. Emilien trop fort c’est génial, magnifique … tu en baves un peu mais normal quoi
    Déjà mille kms ouah tu es dans les temps
    profites profites de tous ces beaux moments inoubliables
    Brigitte

  2. Coucou Emilien,

    Bravo !!!!!!!
    Les paysages sont magnifiques, j en garde quelques uns d’ailleurs 🙂
    c’est toujours un plaisir de te lire !
    A très vite !!!
    Bises
    christine

  3. Salut Viking,
    Merci pour ton blog. Non seulement l’aventure est superbe, mais tu nous la fait partager d’une manière formidable. Et avec humour ! :))
    Sans rire, tu peux envisager de plume à ton retour, tu es réellement doué.
    A la prochaine 😉

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