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La fin de la Californie du Sud

De Walker Pass à Kennedy Meadow

J44 (de Walker Pass, mile 652, au mile 673)

28 mai

Réveil vers 5 heures. Kenso Queen nous a dit qu’en général, le samedi, elle se lève vers 5h30.  Et qu’elle nous emmènerait vers 6h. Le temps de déjeuner, et de ranger nos affaires.

Merci à toi, Kelso Queen

Shepherd est d’accord avec moi: c’est la meilleure étape de ravitaillement qu’on ai eu. Et là barre à franchir est maintenant sacrément haute.

Et nous voilà de retour à Walker Pass. Je n’ai pas détaillé avant, alors j’y viens maintenant. Oui, c’est l’heure de la minute wikipédia.

Alors pour commencer, un pass en anglais c’est un col. En général, un passage entre deux montagnes. Et vous feriez bien de vous en souvenir, il y en a quelques uns à venir.

Walker Pass est important historiquement, c’est par là que se sont engouffrés la grande majorité des colons venus s’installer en Californie, du temps de la conquête de l’ouest. Vous pensez, un col facilement accessible situé entre le désert et la haute montagne difficilement franchissable…

Donc on démarre de bonne heure. Et comme pour me montrer que le désert se termine, l’endroit nous accueille avec des températures clémentes: 21°C au plus haut de la journée. 13°C pour le moment. Un petit vent bien agréable. Et quelques nuages.

Bref: aujourd’hui, c’est ma fête. Viking se régale.

En plus, on n’est pas pressés. Même en prenant notre temps, on arrivera le troisième jour. Et ce temps, on va effectivement le prendre.

Une fois la première montée terminée, on profite d’avoir du réseau pour tenter d’appeler la famille.

Walker Pass

On fait durer les pauses grignotage. On fait même des pauses sans rien grignoter, c’est dire.

Par contre, pas de sieste aujourd’hui. Pas besoin d’éviter la chaleur.

En début d’après-midi, on arrive à la première source d’eau de la journée.

Un écriteau indique que l’on peut y trouver des traces d’uranium…

Heu… Hummm. Je heu.. non, mais bon, en fait, heu, ben non, quoi.

Nan mais… C’est en fait parce que c’est pas la bonne journée. Oui. Oui, je viens tout juste de me lancer dans un régime sans uranium, vous voyez? Oui, depuis ce matin. Ah, si j’avais su, j’aurais peut-être pu faire autrement, mais là…

On passe donc Tchernobyl Spring Joshua Tree Spring, pour aller à la source suivante. Seulement à 9 miles. En descente, principalement. Il me reste de l’eau, ça va aller.

Tout droit, en bas, de l’eau. On la répère de loin grâce aux arbres. Et au dessus, dans le petit col, le campement.

Et on enchaine ensuite sur la seconde grosse montée de la journée. On a repéré le campement situé juste au sommet, à 2000m.

Comme hier, attaquer une grosse montée en fin de journée, ça n’est pas la même chose que le matin. Je sens bien la différence. Les jambes n’ont plus la même énergie. Mais je finis par y arriver.

Ça monte…

Devinez qui va arriver après nous? U-turn et sa bande. Ils sont repartis après nous de leur ravitaillement, mais en ce moment, on les voit tous les jours, et on sélectionne visiblement les mêmes campements.

J45 (du mile 673 au mile 693)

29 mai

Pas de réveil, on se lève avec le soleil. Enfin, ce matin, plutôt avec les nuages. On est en plein dedans, on ne voit pas les alentours.

Là d’où je viens…

Et dès que l’on sort du campement, bien protégé par les buissons et les arbres environnants, il souffle un vent à décorner les boeufs, comme on dit par chez moi.

On n’a qu’à descendre de la montagne pour trouver le premier point d’eau du jour. On y arrive vers 11h. Là, une petite affiche indique: Trail Magic sur le camping, à 0,2 miles à droite sur la route (enfin, quand on dit route… il faut comprendre: chemin de terre approximativement carrossable).

Yeeeeeeehaaaaa!!! Trail Magic!!!

Et bien figurez-vous que l’on a même pas le temps d’y arriver. Non. Il y a un autre Trail Magic juste avant, en arrivant sur la route…

En fait, lundi (et donc demain), c’est Memorial Day. C’est un jour férié, on est donc dans un long week end. Et les Américains en profitent pour randonner, par exemple. Ou pour organiser du Trail Magic.

Sur le bord de la route, c’est Tony. Son frère marche sur le PCT, et il devrait arriver ici aujourd’hui. En apprenant la présence du second Trail Magic sur le camping, il s’y rend lui aussi: à deux, ils seront plus efficaces ensemble que chacun dans leur coin. Il rejoint donc Nohawk. Lui a parcouru le PCT, en 1977, et il passe son week-end ici a accueillir les hikers.

Tony à gauche.
Nohawk

Un fois les deux réunis, laissez moi vous dire, ça a été la fête du hot-dog! En plus de tout ce que chacun a amené: fruits, sodas, bières, etc… On est restés un certain temps.

La table des victuailles
Les sacs à dos des hikers

Mais il fallait bien repartir, à un moment ou à un autre. Donc on est repartis. Il faut l’admettre: dans ce genre d’endroits, la motivation pour recommencer à marcher n’est pas au maximum. On a tendance à surnommer ce genre d’endroits les « trous noirs ». Les vrais trous noirs attirent tout ce qui passe à proximité, et une fois entrés dans la zone, il est impossible d’en sortir…

Malheureusement, l’après-midi n’est pas des plus intéressant. On entre dans une grande zone brûlée.

Et c’est exactement le même paysage sur tout le reste de la journée. Un peu déprimant.

Je suis content d’arriver au campement le soir. Il y a de l’eau sur place, un petit ruisseau. On termine nos stocks de repas. Il ne doit rester que le petit déjeuner pour demain matin: ne reste que 9 miles jusqu’à Kennedy Meadow.

J46 (du mile 693 à Kennedy Meadow, mile 702)

30 mai

Il a fait froid cette nuit. J’ai du givre sur mon quilt. Mais j’ai bien dormi.

Mon quilt est trop confortable, ça en devient presque un problème: j’ai du mal à en sortir le matin…

Mais aujourd’hui, ça devrait aller. La motivation est là: plus que 9 miles, et la première étape sera franchie.

La fin du désert, et le début de la Sierra.

Au niveau du timing, je ne suis pas si mal. La première étape du PCT est la plus longue. J’avais tablé sur 45 jours, avec une certaine marge, soit aux alentours du 1er juin. Il faut l’admettre, je ne suis pas vraiment parti avec une forme physique optimale. C’est même plutôt l’inverse…

En attendant, j’ai un grand sourire ce matin. Comme Shepherd. Et comme tout ceux que je croise, en fait.

Une rivière. Avec son barrage de castors.

Les 9 miles sont vite avalés.

700 miles

La tradition veut ceux qui arrivent sont applaudis par ceux qui sont en terrasse. Nous, on a amené chacun une bière, que l’on a porté ces derniers jours, et que l’on ouvre pour ce moment. Cheers!

Première étape terminée!

On croise plein de têtes connues, certains s’apprêtent à repartir. Je prend la navette (comprendre: la voiture qui fait l’aller-retour) pour Grumpy Bear’s Retreat, l’endroit où j’ai envoyé mes colis, Elfi en descend. Je ne l’ai pas vue depuis Julian, et je la croyais beaucoup plus en avance que ça, mais elle est ici depuis 2 jours, et repart demain.

Je croise évidement U-turn, ainsi que deux autres français, Yoshida et Flo.

Dans l’ordre: Flo, U-turn et Yoshida

Et il faut vraiment que je vous raconte l’histoire du trail-name de Yoshida. C’est une histoire de fous. Son vrai prénom est Gaspard. Un peu avant Big Bear, il sent qu’il a un problème dentaire. Il s’arrête donc au cabinet du dentiste local, le docteur Yoshida. Qui lui annonce qu’il a une dent fracturée, qu’il lui faut une opération. Mais que c’est impossible à réaliser ici, il lui faudra donc se rendre dans une plus grande ville, obtenir un rendez-vous, etc… Bref, la grosse catastrophe. Le problème d’ordre médical, c’est la plus grande crainte de tous les hikers. Gaspard s’effondre: en fonction des délais qui lui seront proposés, tous ses plans de PCT peuvent être remis en question.

Le dentiste, Dr Yoshida, passe alors quelques coups de téléphone. Tout est règlé. Un Uber vient chercher Gaspard, il sera opéré l’après-midi même. Et tout ce qu’il aura à débourser sera le Uber pour le retour. Le dentiste prend tout en charge.

Ouep.

Le mot que vous cherchez, c’est « généreux ». Un vrai Trail Angel. Depuis, Gaspard porte le trail name de Yoshida, en hommage.

Et c’est sur cette note que je vous laisse. Je dois récupérer mes colis, refaire de la magie avec de l’eau propre et mes vêtements ainsi qu’avec moi-même, etc… J’essaierais de publier un nouvel article avant de repartir, mais c’est pas garanti, le réseau est… on va dire: « sensible »…

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