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Arrivée en Oregon. Enfin! Mais pas tout à fait comme prévu…

De Etna à Ashland

J103

26 juillet (suite)

On nous dépose devant la supérette. Nickel, c’est là qu’on récupère les jetons pour la douche du camping. On en profite pour prendre une glace et un soda.

Ensuite, on passe à la poste. Je me suis fait livrer une nouvelle paire de chaussures. Les dernières ont bien mangé depuis la Sierra, entre les traversées de rivières régulières et les rochers. Shepherd reçoit lui un colis envoyé par une amie d’Autriche. Il ne sait pas ce qu’il y a dedans. Surprise…

En sortant, on tombe sur Smiley, qui vient tout juste d’arriver. Lui a prévu de commencer par la brasserie locale. Et comme ça paraît être une excellente idée, on le suit. En plus, le mardi, la brasserie accueille un groupe de musique local. Burgers et bières, sur un fond sonore de blues. Plutôt sympa.

Enfin, direction le campement.

Un chat. Je pense qu’il a chaud…
Encore neuf et on peut former une équipe.

J’y recharge tous mes appareils, qui peinent un peu. Shepherd ouvre son colis, il n’en gardera pas la moitié. Trop de trucs, trop lourd. Des bonbons, du café instantané, des jeux, un livre, des chaussettes, du savon, et plein de trucs amusants…  Et je prend enfin ma douche, bien fraîche, avant d’aller me coucher.

Le colis de Shepherd, et Lost Boy

J104 (du mile 1600 au mile 1602)

27 juillet

Lever tardif. Enfin, tardif… par rapport à d’habitude. Je traine au lit, puisque de toute façon le restau où l’on veut prendre le petit-déjeuner n’est pas encore ouvert.

Ensuite, comme Clara est rentrée de vacances et va me lire: pour le petit déjeuner, j’ai pris un burger. La version petit déjeuner à l’américaine, avec oeuf, pommes de terre, etc… Le tout accompagné du chocolat chaud. Et d’un jus d’orange, taille XL. Ha, et d’un smoothie, XL aussi. Oui, ben j’avais faim.

Ensuite, je commence par passer au magasin de sport local. C’est le seul endroit en ville où trouver des bombonnes de gaz pour mon réchaud, et des repas déshydratés. J’y reçois un coup fil de Shepherd: c’est l’apocalypse sur le campement, l’arrosage automatique s’est déclenché.

Bon, pour moi ça va, ma tente était fermée, le matériel à l’intérieur est sauf. Et vu la température, elle va sécher vite. Shepherd a lui déplacé sa tente dans une autre zone, plus calme, juste avant que l’arrosage automatique ne se lance à cet endroit aussi. Re-déplacement de son matériel…

En sortant du magasin de sport, je tombe nez à nez avec Laïka. Je lui montre le supermarché, pour les jetons, et l’accompagne jusqu’au camping. Les retrouvailles avec Shepherd sont… chaleureuses. Je pense que j’ai bien fait, l’autre jour, de les laisser marcher ensemble.

On va manger ensemble, à la distillerie cette fois. Et comme je vois certains d’entre vous froncer les sourcils: j’ai pris une salade. J’avais envie de légumes. Oui, d’accord, et une bière…

Ensuite, il nous reste juste le ravitaillement à faire à la supérette, et attendre que le gros de la chaleur passe, avant de repartir.

Et pour attendre que la chaleur ne passe, on apprend justement un bon plan: il y a une piscine extérieure à 300m du camping, et l’entrée y est gratuite tout l’été. Parfait.

Il faut dire que la température se fait un peu sentir.

La conversion en Celsius donne 45,555555…

Sur l’insistance de Laïka, on passe encore à la brasserie avant de repartir. Je sens bien qu’elle essaie de retenir Shepherd. À un moment, je le prend entre quatre yeux, discrètement, pour lui re-poser la question: t’es sûr que tu veux partir ce soir? Je veux dire: je pourrais très bien comprendre qu’il veuille rester un peu plus longtemps. Il me répond que non, il veut partir ce soir.

Alors go! Mais pas loin. Aux premiers emplacements libres, on se pose. L’objectif, c’est surtout d’être prêts de bonne heure demain matin. De toute façon, au vu des départs que l’on a remarqué depuis la brasserie, les prochains campements risquent d’êtres pris d’assaut.

On passe quand même la barre des 1600 miles. Facile, c’était juste après la route.

J105 (du mile 1602 au mile 1626)

28 juillet

Je pensais me lever à 4h, Shepherd préférait 5h. On s’est donc levés à 4h30. Un peu plus tôt que d’habitude, pour marcher au frais et prendre plus le temps de se reposer à l’ombre au plus fort de la journée.

On passe devant un lac, et on y repère plein de salamandres. Mais pas de baignade: il est encore tôt, la chaleur va continuer de monter, et on préfère en profiter pour marcher. Et puis, on a vu des lacs d’une meilleure couleur: on le trouve un peu trop vert.

Par contre, on trouve aujourd’hui beaucoup d’arbres tombés en travers du chemin. Mais genre: vraiment beaucoup. Et certains sont assez complexes à passer.

On passe un petit col, en espérant avoir de l’ombre de l’autre côté. C’est raté. On continue un peu, mais on a déjà fait 15 miles. On a besoin d’une pause, et de manger.

Petit col de midi
Vue après le col.

On s’arrête au bord du chemin, dans un coin d’ombre. Pas plat, impossible de prolonger la pause repas. Mais comme on est en train de monter, et qu’il y a de moins en moins d’arbres, on se dit que sinon, on est pas prêts de manger.

On reprend le chemin après le repas, en quête d’un coin à l’ombre et plat. On finira par le trouver. D’ailleurs, Lost Boy y est déjà, en train de dormir. On s’installe à notre tour, et on commence notre sieste.

L’après-midi, il fait toujours trop chaud.

Black Marble Mountain. Je ne sais pas pourquoi, les rochers y sont plutôt blancs…

À un moment, j’entend un bruit sourd, que je n’identifie pas. Étrange. Un peu plus tard, le même bruit. Puis une troisième fois. En riant, je dis à Shepherd: t’as entendu le tonnerre? On a ciel bleu à perte de vue…

Seulement voilà, le bruit reprend, encore, et encore, de plus en plus fréquemment. Ça ressemble de plus en plus au tonnerre. Et qu’est-ce qui surgit derrière nous, et commence à nous rattrapper? Un énorme nuage.

Bon, ok. C’est vraiment un orage qui approche. Mais il est encore loin. Le soir arrive, on a peut-être le temps d’arriver au campement prévu avant d’être dessous. Sinon, il y a un autre campement un peu plus près. Ça devrait le faire, pas la peine de stresser.

On entre alors sous le couvert des arbres. Plus aucune de visibilité sur l’avancée du nuage. On se demande si on aura vraiment le temps d’arriver au campement. Et là… On n’entend plus rien. Vraiment étrange. En fait, l’orage s’est arrêté avant d’être sur nous. Pfiou!

J106 (du mile 1626 à Seiad Valley, mile 1656)

29 juillet

Réveil à 4h30. Ça nous a plutôt réussi, hier, autant profiter de la fraîcheur du matin.

Peu après le départ, Shepherd, devant moi, s’arrête, et entoure sur le sol quelque chose, qu’il me montre. Ce sont des empreintes de chaussures. Les miennes. Devant lui, alors que je suis derrière. Mais l’explication est très simple, mon ami: tu as devant toi un Viking quantique. Tel le chat de Schrodinger, à la fois mort et vivant, le Viking peut être à la fois devant et derrière. C’était pourtant évident…

Second petit déjeuner au bord d’un lac.

Il recommence à faire vraiment chaud… Et le terrain n’aide pas: énormément d’arbres morts en travers du chemin, qui nous font perdre un temps de fou, quand ce ne sont pas des buissons gênent l’avance.

Pause de midi au bord de la rivière. Reste 8 miles au programme, ce qui nous permettra d’arriver au campement situé 6 miles avant Seiad Valley. Et but étant, le lendemain, d’y arriver dès l’ouverture du magasin puisque c’est en bas, dans la vallée, où il fait le plus chaud, et qu’on veut remonter sur les hauteurs le plus tôt possible.

Pendant la pause.

Je dépasse une fille, Spiderman, qui fait une pause sur le bord du chemin. Je remarque immédiatement qu’elle a les même chaussures que moi…

Ces 8 miles sont trop faciles. malgré la chaleur, humide et écrasante. C’est en descente, et cette partie du chemin a été entretenue récemment. Vraiment trop facile. J’insiste un peu, et on rajoute les 6 miles pour arriver directement à Seiad Valley. Ça fera 30 miles. Shepherd se marre: Crazy Viking est de retour.

Pourquoi c’est important, 1650,1 miles? Parce que la distance restant à parcourir est maintenant inférieure à 1000 miles. On est descendus dans les 3 chiffres!!!
Céline, je t’ai trouvé un nouveau coin pour la cueillette des mûres. Mais je ne t’en ai pas laissé beaucoup… Miam!

Environ vingt minutes après le début de ces 6 derniers miles, on entend un bruit sourd. Genre tonerre. On sourit: ouais, ouais, on nous a déjà fait le coup hier. Ça ne marchera pas cette fois-ci.

Le bruit reprend, de plus en plus fort, de plus en plus régulier. On est au fond d’une vallée, et un gros nuage noir dépasse maintenant de la crête. Mais c’est du déjà vu, on sait qu’il ne va rien se passer.

Le vent commence à se lever. On voit les premiers éclairs. Mais non, c’est loin, on est tranquille.

Je prend une goutte d’eau sur la tête. Nan, mais c’est pas la peine d’insister, on t’as dit, on n’y croit plus. Donc arrête, ça ne sert à rien…

Mais non, il ne va pas pleuvoir…

En levant la tête, je prend une autre goutte, pile dans l’oeil. Aïe…

Bon, bon, d’accord, ça va nous tomber dessus. Il nous reste 3 miles à parcourir, on protège le matériel.

Les éclairs commencent à se multiplier, autour de nous. On a des grosses gouttes qui tombent, mais éparses, pas vraiment d’averses. On reste globalement plutôt au sec.

L’orage se calme. On fini par arriver, il est tard, on file au campement monter la tente, et je me couche de suite. Même si on a une grasse matinée demain, la journée a été longue. Shepherd traine un peu, et il n’est en fait pas prêt de se coucher, il aura des photos intéressantes demain matin…

J107 (de Seiad Valley, mile 1656, à Ashland, mile 1719, mais seulement 12 miles de marche, hors trail)

30 juillet

Réveillé dès 4h. D’habitude, quand on est nombreux, comme sur ce genre de campement, ceux qui se lèvent tôt essaient d’être discrets. Ce n’est pas vraiment le cas ce matin: ça discute. C’est bizarre. Les gens ont l’air nerveux. Et il y a de quoi: les nouvelles ne sont pas bonnes du tout. Un problème a commencé hier soir, juste après notre arrivée.

En fait, les orages ont allumé deux feux, proche de là on l’on est. Mais genre: vraiment proche. J’ai des cendres sur ma tente. Et dès hier soir, les lueurs du plus proche étaient visible depuis le magasin de Seiad Valley, ce qu’a remarqué Shepherd.

Photo prise à 200m de nos tentes, plus tard dans la nuit.

Du coup, ce matin, quelle est la bonne solution pour ne pas se mettre en danger? Partir maintenant, tant que le feu ne s’est pas trop développé? Attendre d’autres informations, quitte à ce que le feu ne prenne de l’ampleur? Moi et Shepherd, comme on devait de toute façon attendre l’ouverture du magasin pour ravitailler, on attend. Lostboy, en discutant avec un campeur qui partait, obtient un autostop jusqu’à Ashland.

Du fait des cendres dans le ciel, le soleil est rouge, ce matin.

Le chef des pompiers locaux vient nous apporter des informations: le feu à l’ouest, appelé China Fire, est très proche, mais pour le moment assez petit. Enfin, surtout pour la norme américaine. Le problème, c’est que le vent vient du sud, et envoie la fumée vers le trail. Il va surement se développer, puisqu’il est pour le moment impossible à atteindre par des pompiers au sol, le terrain étant trop accidenté. Il faut donc s’attendre à de plus en plus de fumée sur le trail, et le feu l’atteindra sûrement, plus tard, et remontera la pente que l’on est sensés emprunter. Pas génial…

Le feu à l’est, McKinney Fire, est plus loin, mais déjà hors de contrôle, car trop imposant. Il a passé la rivière locale, et remonte vers le nord aussi, vers le PCT, qui se dirige à cet endroit vers l’est. Et comme il remonte la pente, il avance à priori très vite. En soit, il est pour le moment plus dangereux que le premier, si on tentait de passer sur le PCT.

Les points rouges sont les zones de chaleur relevés par les satellites. Là ou ça brûle, quoi. Situation de 7h ce matin.

Ça devient compliqué, il faudrait partir vers l’ouest, et faire un énorme détour vers le nord, et reprendre ensuite le PCT qui était lui parti vers l’est.

Le pompier insiste sur le fait que pour l’instant, le PCT n’est pas fermé. Mais qu’il y travaille, et il déconseille fortement de tenter d’y aller. Et bon, comme c’est son métier, on va considérer son avis comme le meilleur qu’on puisse avoir, hein?

Certains hikers, qui étaient partis en autostop vers l’est, reviennent: la route est maintenant fermée.

Hikers en attente d’informations et de solutions.

La solution viendra du propriétaire du magasin de Seiad Valley. Il a fait venir sa mère pour s’occuper du magasin, pour se rendre lui-même disponible. Il propose de déposer les hikers à un autre trailhead: il y a une petite route de terre qui monte vers le nord, qui croise le PCT tout en haut de la montagne. Pas pour reprendre le PCT, mais pour continuer à pieds vers le nord, et éviter un énorme détour. Il nous emmène en haut pour éviter la fumée, l’autre versant est moins impacté, on peut descendre tranquillement, et on verra ensuite pour rejoindre Ashland. Il nous indique aussi qu’il va contacter des gens, pour essayer de nous faciliter la suite. Parfait. Un énorme merci à lui.

Le propriétaire a tout de même un fusil à pompe sous le siège arrière de son pick-up. L’Amérique…

Il va donc surement passer sa journée à déposer des hikers en haut de la montagne, tant qu’il en arrivera. Et ça risque de continuer un moment, le trail va finalement être coupé entre Etna (mile 1600) et Ashland (mile 1710), mais tous ceux déjà sur ce tronçon vont continuer à arriver…

La « route » par laquelle on est venus, qui continue vers le nord, et les pompiers au sommet de la montagne.

On retrouve là haut ceux partis de très bonne heure ce matin. Des pompiers sont là aussi, pour indiquer aux hikers, pas forcément au courant, puisque pas de réseau, que le tronçon est maintenant fermé. On commence donc à descendre du côté nord, vers un lac issu d’un barrage. La fumée semble effectivement moins dense de ce côté, c’est respirable. Mais la vue reste limitée.

On descend la route.

On passe finalement la frontière entre les deux états! Bienvenue en Oregon!!!

Par contre, pas de photo du mile 1700, évidement.

On termine le trajet jusqu’au lac en voiture: un campeur sur le départ propose de nous déposer, avec Sunny, l’italien. Et il nous offre des bières, bien fraiches. Merci!

En arrivant au lac, le shérif local a organisé l’évacuation: un van monte chercher les hikers qui sont à la traîne, et a prévu deux bus pour nous emmener. Du coup… un peu d’attente, et direction Ashland, en bus.

Hikers en attente
Le shérif, arrivé en force.

On a prévu d’y passer au moins un zéro. Il faut qu’on s’organise, les nouvelles pour la suite du chemin ne sont pas bonnes non plus, et on a prévu d’envoyer des colis de nourriture. Seulement, demain, c’est dimanche, la poste sera fermée, ça devra donc attendre lundi au plus tôt.

5 commentaires sur “Arrivée en Oregon. Enfin! Mais pas tout à fait comme prévu…”

  1. Fais attention à toi mon chéri. Je sais que tu prendras les bonnes décisions pour rester en sécurité.
    Pour les mûres, ça fait un peu loin pour faire de la confiture mais c était une bonne idée 😜 !
    Bisous

  2. Très bien Emilien ! Ton roman commençait un peu à ronronner et là tu nous mets un soupçon d’histoire d’amour et surtout un événement inattendu qui relance tout le suspens et qui nous tient en halène. Tu es décidément trop fort !
    Tu aurais juste pu nous faire croire que le feu était dû à un dragon et on était carrément dans Game of Thrones !!
    Vivement le prochain chapitre !!!

  3. Slt,
    les jours passent mais ne se ressemblent pas, on y voit tant de beaux passages, ainsi on peut les nommer
    LES JARDINS DU MONT AURELIEN.

    bon courage zot toute, e fé attention surtou.
    traduction : bon courage à vous, et faite attention

    1. Il te reste l’inondation, le tremblement de terre, la tornade….Et quand je pense que l’on tremblait pour toi à cause des serpents et des ours ! Vraiment tu fais tout pour ne pas nous inciter à venir encombrer les chemins du PCT… Surtout soit prudent et suis les conseils avisés. Bon courage à toi dans l’Oregon. Odile

  4. Bon alors moi aussi j’aime les mûres :p
    Décidément il y a beaucoup de feus partout :'(
    Cool pour la barre des -1000 miles!! et Bravo
    A quand le prochain trail ? mdr 🙂

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