La ville qui porte bien son nom
J107
30 juillet (suite)
La journée avait déjà été bien mouvementée, avec l’évacuation, mais ça n’est pas terminé.
Arrivés à Ashland, trouver où se loger devient compliqué: il y a d’un seul coup plein de hikers qui débarquent. Tous ceux situés entre Etna et Ashland arrivent en même temps. Et ça fait du monde. Du coup, les hôtels sont pris d’assaut. Avec Sunny, le hiker italien, on contacte un Trail Angel qui s’appelle aussi Sunny. Plus exactement Sunny Joy, c’est important pour votre compréhension de la suite. Enfin bref, pour elle c’est ok, elle peut nous héberger. Mais elle a prévu de ramener des hikers sur le trail, elle ne passera nous récupérer que vers 19h30. Ça nous laisse le temps de manger avant, c’est parfait.
On est sur la place centrale, on discute avec d’autres hikers, et on commence à regarder les restaurants des alentours. Quand une voiture s’arrête, et sa conductrice demande si on est Sunny.
Oh. Vous êtes le Trail Angel Sunny? Oui. Le hiker Sunny est ici aussi. C’est amusant, vous avez le même nom. Ha! Ha!
Bon, elle nous emmène tous les trois chez elle, nous montre où on va dormir, tout ça. Mais comme on n’a pas eu le temps de manger, elle nous propose de laisser nos affaires, de nous re-déposer en ville, et qu’on la rappelle quand on a fini. Elle semble tout de même un peu bizarre, un peu désorientée. Mais elle n’est pas toute jeune, et bon, quand on vous offre un endroit pour dormir, dans les conditions actuelles, on ne fait pas les difficiles.
De retour en ville, on repère un restaurant indien, avec buffet à volonté, mais seulement le midi. Hum… On reviendra demain midi, ce soir, ça sera mexicain.
On termine à peine le repas que je reçois un message de Sunny, la Trail Angel, qui nous dit qu’elle sera dans 5 minutes sur la place pour nous récupérer. Ok…
Le restaurant est juste à côté de la place, on y est en deux minutes. Une voiture s’arrête devant nous, et c’est Sunny, la Trail Angel.
Seulement… Ce n’est pas la personne que nous avons vu avant.
…
Heu… il s’ensuit une certaine confusion. On essaie de comprendre ce qui se passe, et on commence à se demander chez qui on a laissé nos affaires.
En fait, Sunny, le hiker italien, avait d’abord contacté un Trail Angel, dont il n’avait pas nom, et qui n’avait pas répondu à ses messages. Cette personne s’appelle donc, enfin, peut être, on n’en est plus trop certain, Sunny, elle aussi, et est venue le chercher. Et nous a embarqué en même temps. L’autre Trail Angel, que j’appellerais donc Sunny Joy, que nous avions contacté de notre côté, vient nous chercher, comme prévu, à 19h30.
Dit comme ça, cela paraît simple. Sur le moment, je vous assure que ça ne l’était pas. Il y a trop Sunny dans l’histoire.
Sunny Joy nous emmène alors chez l’autre Sunny, pour récupérer nos affaires. On la laisse en lui disant un truc du genre, si on n’est pas revenus dans dix minutes, appelez la police. À cet instant, on n’est pas vraiment certains que l’autre Sunny soit vraiment un Trail Angel. Mais finalement, pas de problème. On explique la situation, il y a donc bien deux Trail Angels qui s’appellent Sunny à Ashland. Et comme on avait un accord initialement avec Sunny Joy, c’est chez elle que l’on va aller.
Pfiouuu…
Cette Sunny est une artiste, et elle a plusieurs voitures… intéressantes.


Shepherd est vraiment fan du van, il en avait un semblable il y a quelques années. Sunny nous propose alors d’aller faire un tour, et Shepherd va même le conduire.

J108 (zéro)
31 juillet
Sunny prépare le petit déjeuner: pancakes à la banane, fruits, oeufs, jus d’orange, café.

Après le petit déjeuner, Sunny a prévu de bricoler, un endroit a besoin qu’on y accroche une toile pour qu’il ne reçoive pas trop des cendres qui tombent sur la ville. On va lui donner un coup de main, l’affaire est expédiée beaucoup plus rapidement qu’elle ne l’avait prévu.
Elle nous dépose en ville, on achète dans un magasin de bricolage des masques pour la fumée. C’est léger, et ça peut servir, selon ce qu’on va décider pour la suite du programme.
La ville est vraiment pleine de hikers, on en voit partout. Certains qui étaient devant, qui attendent de voir comment les choses évoluent avant de se décider. Certains qui étaient derrière, qui ont donc sauté la zone fermée, et d’autres qui ont été évacués, comme nous.
Ça risque d’être la cohue quand on va repartir.
Ensuite, on a rendez-vous avec un certain buffet à volonté dans un restaurant indien. Et quand je vous dit qu’on est beaucoup de hikers: on est 38 rien que dans ce restaurant. Bon, il est vrai que les mots « all you can eat » ont un certain attrait pour nous, mais quand même. Et pour un buffet à volonté, la qualité est vraiment top. On se régale.
Le plus « drôle », c’est qu’on se parle tous, ceux qu’on reconnait, dont certains qu’on a pas vu parfois depuis plusieurs mois, mais même avec ceux qu’on ne connait pas, avec la même question: Hé, salut! Alors… Vous avez un plan pour la suite?
En sortant du restaurant, on tombe sur… Laïka. Retrouvailles chaleureuses bis, et Shepherd va aller voir un film au cinéma avec elle… Je reste avec Lost Boy, on débat pas mal des différentes solutions. On cherche des informations complémentaires, sur les sites officiels comme sur les réseaux sociaux.
Et c’est pas simple. Voici les contraintes: après Calahan’s Lodge, le point du trail proche d’Ashland (mile 1719), on peut aller jusqu’à Crater Lake, que je tiens à voir. L’air va être enfumé, mais le trail est tout de même ouvert. Après Crater Lake (à la limite nord du parc, mile 1848), le trail est à nouveau fermé jusqu’à Odell Lake (mile 1908, juste après Shelter Cove, qui était un point de ravitaillement), un nouveau feu s’est déclaré, le Windigo Fire.
C’est peut-être plus simple si je vous donne directement le lien vers la carte des points de chaleur repérés depuis les satellites: voir ici.
On peut donc reprendre le chemin depuis Odell Lake, qui sera aussi sûrement bien enfumé, jusqu’à Pamelia Lake (mile 2027), où se situe une autre zone fermée, due à un ancien feu (et donc pas sur la carte que je viens de vous donner), jusqu’à Olallie Lake (mile 2049). Le gros problème de cette zone, c’est d’y accéder. Il y a très peu de routes. Le plus simple, et conseillé par la PCTA, c’est de faire du stop depuis le mile 2001 jusqu’au mile 2088. Et pour info, la frontière Oregon / Washington se situe au mile 2148.
Tout ça fait beaucoup de miles que je vais devoir éviter, et la fumée ajoute une contrainte que certains ne veulent pas s’ajouter.
Du coup, après de nombreuses discussions, les solutions principalement adoptées sont les suivantes:
- continuer malgré la fumée à parcourir le maximum de miles du PCT.
- quitte à devoir faire du stop, ne pas revenir entre les deux zones fermées, pour ne faire que 100 miles, soit 4 jours de marche.
- aller directement depuis Ashland jusqu’à la fin des deux zones fermées, pour s’éviter aussi la fumée. Mais il ne reste alors que très peu de miles à parcourir en Oregon.
- aller jusqu’à la fin de l’Oregon en stop ou en avion, bus, train, etc… faire Washington, puis revenir ensuite faire l’Oregon, quand la fumée aura disparu. Pour ma part, je ne pense pas avoir le courage, après avoir accédé à la borne de fin du trail, de revenir en arrière pour marcher encore. Et il y a encore pas mal de neige dans Washington, ça ne va donc pas être facile.
- certains, comme Lost Boy, envisagent l’Oregon Coast Trail, au bord de l’océan, comme une alternative à la partie Oregon du PCT. Ce qui tente surtout les gens qui, comme les Autrichiens, n’ont pas accès à la mer. Je peux comprendre que ça puisse avoir un certain attrait, mais personnellement, ça ne me tente pas du tout.
Et voila. Maintenant, il faut choisir. Et prévoir le ravitaillement en fonction du choix et des zones ouvertes.
Personnellement, j’incline vers la première solution: marcher le plus possible sur le PCT.
On va boire une bière avec d’autres hikers à une brasserie locale, puis on va manger dans un restaurant japonais, avant de rentrer se coucher.
J109
1er août
La nuit porte conseil, paraît-il. Le matin, on passe en revue toute potentielle nouvelle information. La situation n’évolue pas trop, juste les feux qui s’étendent, forcément. On se décide enfin: on va marcher sur le PCT, et tenter d’en faire le maximum. Je pense simplement que ça fait partie de l’aventure, cette année.
Il reste juste un point noir: la météo prévoit de nouveaux orages dans la région de Crater Lake. On va espérer que ça ne va pas créer de nouveaux incendies…
Et on part aujourd’hui. L’après-midi, après le pic de chaleur, même s’il est moins important du fait du filtre créé par les cendres dans le ciel.
Donc ravitaillement, pour quatre jours et demi, et cinq jours supplémentaires qu’on envoie par colis. Par contre, impossible de trouver une bombonne de gaz pour mon réchaud en ville. Le magasin de sport local a eu un incendie, et aucun magasin en ville n’en vend. Heureusement, on est sensés en trouver à Calahan’s Lodge, l’endroit d’où on va reprendre le chemin. On verra ça. On avait pensé prendre un Uber pour revenir sur le trail, et se partager la note à plusieurs, mais Sunny propose de nous ramener sur le trail. Parfait. Merci Sunny!

Eh bien !!! Pas facile de faire des choix pour la suite !!!
Sois prudent et on te fait confiance.
Je suis allée voir la carte des deux. Quand on dézoome on a l’impression que tous les USA brûlent !!!
Courage et tiens-nous au courant !!
Bises
Des feux pas « deux »
Bien le bonjour Viking !
En effet la carte mise en lien avec les feux fout les jtons ! Attention à vous et bonne route !