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Bilan

Deux mois après la fin, il serait temps de le sortir, ce bilan, non?

Le kilométrage

Pour ceux qui aiment les chiffres, je vous invite a cliquer sur l’image. Vous aurez accès au kilométrage journalier.

Ci-contre: un aperçu, en miles. La barre rouge horizontale correspond à la moyenne globale (en incluant les zéros)

Le matériel

Je suis très content de mes choix en matière de matos. Je n’ai remplacé que mon matelas, dont la valve fuyait, et le sac hermétique de mon quilt, qui s’était déchiré. J’ai aussi racheté un couteau, quand j’ai perdu le mien.

J’étais content d’avoir un pantalon long dans la Californie du Sud. La zone est en effet assez broussailleuse, et ça m’a évité de devoir utiliser de grosses quantités de crème solaire. Bon, par contre, il n’a duré qu’on temps. Et ensuite, je suis resté en short. Avec un legging quand il faisait vraiment froid.

J’ai utilisé seulement trois paires de chaussures, ce qui est très peu. Certains hikers sont montés jusqu’à dix paires, notamment les possesseurs d’Altras, qui s’usent visiblement très rapidement. Pour moi, toujours le même modèle, les Merrel MOAB Ventilator, tige basse. Modèle 1 au départ, puis 2 et 3. La paire du modèle 2 m’a semblé un poil plus fragile, mais si elle a duré moins longtemps, c’est peut-être aussi parce que je l’ai mise à rude épreuve. Elle a traversé la Sierra…

Je n’ai par contre pas compté le nombre de paires de chaussettes usées. Et vraiment, pour cette rando, je recommande la marque « Darn Tough », garanties à vie, même si les changer sur le trail n’est pas forcément facile. On les trouve cependant assez facilement dans points de ravitaillement. La solution qui m’a parue la meilleure pour limiter les ampoules et les frottements, c’est une paire de chaussettes ultra-fine plus une paire plus classique par dessus, des Darn Tough, bien épaisses.

J’ai aussi été content des semelles, les Superfeet, le modèle green, qui convient aux pieds avec une arche de moyenne à haute. Ça m’a permis de protéger mieux mes genoux, en limitant le léger mouvement de pronation que j’avais, et ça m’a pas mal aidé pour les douleurs sous le pied, justement au niveau des arches, que je commençais à avoir avant d’acheter les semelles.

Le sac à dos à bien souffert, j’ai quelques trous dans la poche arrière, dus à des branches, et le fond est aussi abimé, à cause de frottements contre des troncs et des rochers dans des passages délicats, j’imagine.

J’ai du recoudre la moustiquaire de ma tente, mais c’est une fausse manœuvre de ma part qui en est la cause. Vraiment, la tenue de la tente était super. Même si je ne l’ai pas utilisée tous les soirs.

Par contre, j’ai abandonné mon oreiller gonflable, puisque mon sac de vêtements me paraissait plus confortable. Et mon panneau solaire, que j’ai laissé après la Californie du sud. Il fonctionnait plutôt bien avant, mais ensuite, le couvert des arbres, plus fréquent, le rendait moins intéressant. Et au final, je m’en suis bien passé. Ma powerbank 10 000mah était suffisante entre deux ravitaillements.

Après, s’il y a bien un matériel dont je ne regrette pas le choix, c’est bien mon quilt. Vraiment top, rien à redire. Jamais eu froid. Les nuit vraiment très froides, j’ai dormi avec ma doudoune en plus. En cas de chaleur, rien de plus facile que de le mettre en mode couverture, et sortir les bras, les pieds…. Chose impossible avec un duvet au format momie classique. Nan, vraiment, il était top.

Les repas

Vous aussi, perdez 20 kilos en mangeant le plus calorique possible! Mais attention a bien lire les petites lignes, ça parle aussi d’un certain effort physique à fournir quotidiennement….

J’envisage en effet de promouvoir un nouveau type de régime, qui implique de consommer, sur 5 mois, 15 kilos de M&M’s, 150 snickers, etc…

Exemple de ravitaillement. Californie du Sud, donc encore assez peu de barres. Le seul ravitaillement où je n’ai pas trouvé de M&M’s (rupture de stock dans la seule boutique locale), donc deux ziplocks de trail mix, des poptarts, des cookies… Et ça manque de bonbons.

Le petit déjeuner, c’est le repas où j’ai le plus varié. J’ai eu des périodes « poptarts », une longue période « gruau instantané », chaud ou froid. Parfois des gâteaux (cookies, brownies, …), parfois des muffins avec du nutella.

Le midi, des trucs frais pour les jours qui suivaient le ravitaillement. Des bagels. Et les autres jours, j’ai fini par adopter le « cold soaking », la cuisson à froid. Super quand il fait chaud. Le principe, c’est de laisser tremper, dans de l’au froide, du riz (trouvable sous forme « pré-cuit »), de la semoule… mais sans chauffer. En gros, dans la matinée, à un point d’au, je remplissais un récipient hermétique (un pot de glace) de nourriture et d’eau, et il n’y avait plus qu’a attendre la pause de midi, c’était prêt. Plus qu’a rajouter du thon ou du poulet et un peu de sauce…

Le soir, repas chaud. Des déshydratés, des sachts de riz Knorr, des ramens, de la purée lyophilisée, voir les deux en même temps: ramen bomb. Vous faites cuire vos ramens, qui baignent donc dans l’eau. Puisque, pour ceux qui ne sauraient pas, les ramens, c’est un bouillon avec des pâtes (et autres ingrédients). Et comme il reste de l’eau, vous pouvez donc ajouter de la purée lyophilisée… Très consistant, très calorique.

Et entre les repas… des barres. Des tonnes de barres. Énergétiques, au chocolat, aux fruits, aux protéines, aux céréales… J’ai vraiment terminé avec le rythme d’une barre par heure. Et si je peux donner un conseil : les M&M’s, c’est top. Pour 100g, 500 calories. Donc excellent rendement de ce point de vue. Mais le détail qui fait la différence, c’est que ça ne fond pas quand il fait chaud. Et ça… Facile à manger sans s’arrêter. On en trouve facilement à chaque ravitaillement, le format « à partager » pour 3 personnes fait 98g, de mémoire… J’en prenais au moins un sachet par jour, à quelques exceptions près. Les Snickers aussi, un par jour. Parce que j’adore et que c’est aussi calorique que les M&M’s, même si ça fond. J’en ai vite eu raz-le-bol des barres Cliff, même si elles sont excellentes. A la fin, je ne pouvais plus les voir.

C’est un truc que je tiens à signaler à toute personne qui voudrait tenter ce genre d’aventure: variez vos repas, le plus possible. Sinon, vous finirez rapidement par ne plus pouvoir manger certaines choses, ce qui peut vite devenir problématique quand vos ravitaillements sont limités. Shepherd, notamment, a mis du temps à apprendre cette leçon, malgré mes conseils.

Et pour tous ces repas, le principal outil de décision, lors d’un ravitaillement, c’était : quel est le plus calorique? Pour un poids équivalent, on choisi toujours le plus calorique. Toujours.

Et si ça manque un peu de calories, on sort le couteau suisse des repas sur le PCT : les tortillas. On peut la garnir d’a peu près tout. De riz. D’avocat, thon et mayo. De nutella, et enroullée autour d’un snickers. Laissez libre court à votre imagination, les tortillas, ça va avec tout. Ah, oui: oubliez les tortillas que vous trouvez au supermarché, en France. Là bas, même dans la plus petite supérette, il y a facilement 3 ou 4 marques différentes. Je vous laisse imaginer dans un grand supermarché. La concurrence est rude, ce qui a pour conséquence d’avoir des tortillas épaisses, moelleuses, et super bonnes. Rien à voir avec ce qu’on trouve ici.

La petite astuce qui va bien : les édulcorants pour l’eau, c’est bien aussi. Parce que l’eau, parfois, aura un drôle de goût. Et puis, dans les zones avec encore de la neige, vous ramassez une bonne boule de neige, vous la mettez dans votre popote, vous rajoutez un peu de cet édulcorant, et hop: vous avez une glace à l’eau.

La musique

Il faut aussi que je vous avoue un truc. Les musiques que j’ai mis, c’était un peu pour illustrer les étapes. Un peu pour partager cette musique. Mais surtout, c’était pour moi.

Pour la plupart, je les ai sélectionnées au fil de l’eau. Je les ai écoutées le soir, dans ma tente, en écrivant le blog, et après le désert, sur le chemin, en marchant, dans la journée.

Maintenant, elles sont liées à des souvenirs assez précis, pour chacune d’entre elles. Elles me servent d’ancres mémorielles. Ils me suffit de tomber sur l’une d’entre elles, au hasard de ma playlist, pour voyager à nouveau.

Le retour et la dépression post-trail

C’est à cause de cette section que j’ai mis du temps à publier ce petit bilan.

Je voulais parler de la dépression post-trail.

Je m’y attendais. Un peu. Mais certainement pas à ce point.

En fait, j’ai du mal à trouver des mots pour vous expliquer. Et ça serait assez long. Je vais tenter de faire bref… (Oui, oui, pas la peine de jeter ce regard. J’ai dit: tenter. Même si ça va encore faire un gros pavé, comme d’habitude…)

En comparaison, je connais un certain nombre de personnes, avec qui, justement, aucun mot n’est nécessaire, pour dire à quel point tout ça me manque. Des personnes avec des noms étranges, du genre Shepherd. Jukebox. Zelda. Knuckles. Furious. Zinger. Deadlift. Hide ‘n Seek. Et tant d’autres…

Et j’en vois passer, des messages de PCT hikers, sur les réseaux sociaux…

Certains ont l’air d’aller très bien. Mais ils me semblent être une minorité. Certains, au contraire, font tout leur possible pour ne pas rentrer chez eux. Ils vont randonner ailleurs. Si possible, avec leur trail familly, le groupe de copains avec qui ils ont fait la majorité du PCT. Oui, c’est clairement un fuite en avant. Certains vont s’isoler dans un coin perdu, pour faire le point. Beaucoup tentent de reprendre simplement leur vie d’avant. Mais ce n’est pas si facile.

La vie sur le trail est simple. Marcher, manger, dormir. Et recommencer. Les seuls jours qui sortaient de ce schéma, c’était les jours de ravitaillement. C’était aussi les jours où l’on pouvait manger tout ce qu’on voulait, donc, forcément, c’était des journées très sympathiques.

Pour paraphraser Henry David Thoreau, la simplicité, c’est la clé du bonheur. Mais là, de retour dans le « monde normal », les choses sont beaucoup plus compliquées. Et le désir de renoncer aux avantages de la société pour revenir à un « monde meilleur » est assez marqué.

L’effet est renforcé par la mémoire, qui nous joue des tours. Elle est très sélective. On se rappelle surtout des points positifs, beaucoup moins des négatifs. Comme on a vu ces points négatifs comme des défis à relever, et qu’on les a dépassés, ils passent à la trappe. Ce qui renforce d’autant plus l’effet du « paradis perdu », en realité erroné. Quoi? J’ai galéré avec la chaleur? Des douleurs quotidiennes? Des moustiques, vous dites? Si peu… Et j’exagère à peine.

En tout cas, on a appris à vivre différemment. À voir certaines choses sous un autre angle. Et forcément, une telle aventure, ça vous change. Revenir en arrière, est-ce vraiment possible?

Il y a aussi une cause physiologique à ce mal-être. Ça fait 5 mois que notre corps carbure aux endorphines. Et d’un seul coup, ça s’arrête. On est est en manque. Le corps réclame. Pour ça, il y a une solution: il suffit de sortir. Marcher. Courir. N’importe quelle activité physique, si possible en extérieur. Autant que possible. Ça fait un bien fou, physiquement autant que mentalement, même si ça n’est que temporaire.

Et puis, pour moi, il y a cette fin. Celle que je n’ai pas pu avoir, au monument nord. Ça restera définitivement l’un des gros regrets de ce PCT, ne pas pouvoir terminer là bas.

Dans la boîte du registre, à Hart’s Pass.

Le plus ironique, dans l’histoire, c’est que le Canada a ré-ouvert le passage pour accéder au monument, par le nord, le jour où j’ai pris mon avion pour rentrer. J’étais encore au Canada la veille. Je ne l’ai évidement appris qu’après mon atterrissage en France.

J’avais parlé de ma chance habituelle, au tout début de ce blog. Comme quoi je devrais me méfier, je risquais de me blesser en descendant de l’avion. Mais c’est finalement à la toute fin que ça s’est manifesté…

Le monument, situé juste à la frontière, marquée par la tranchée dans les arbres et la borne métallique…

2 commentaires sur “Bilan”

  1. Je te félicite pour cette belle aventure et te remercie de nous avoir fait partager tous ces moments, paysages…
    Comme tu l’as écrit ce n’est pas l’arrivée qui est importante, mais le chemin pour l’atteindre (ou pas).
    Beaucoup de chemins n’attendent que tes pas.
    To be continued…

  2. Merci pour ton bilan notamment kilométriques !
    Encore bravo Émilien !

    Avez-vous prévu une date et un lieu avec d’autres hikers pour vous revoir ?

    C’est le début d’une nouvelle aventure que de voir sa vie autrement 😉

    Un prochain projet et c’est reparti !!

    💪👍
    Carine

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