De Idyllwild à Big Bear
J14 (de Saddle Junction, mile 180, au mile 190) (plus les 3 miles du Devil’s Slide)
28 avril
Cette nuit, on a entendu les coyotes hurler.
Je remonte vers Saddle Junction. Au passage, ce petit trail qui remonte vers le PCT, et que j’ai déjà emprunté pour descendre en ville, s’appelle Devil’s Slide, le toboggan du diable.

Quoi de mieux pour se mettre en jambes que de commencer la journée par 700m de dénivelé positif? Mais je ne me plains pas, je me sens en forme. Enfin, en forme par rapport à mon niveau de d’habitude, hein. Ça reste moi, quand même. Je n’ai pas vraiment un niveau olympique, vous le savez bien… Mais le repos à bien aidé. Et je profite du spectacle de la mer de nuages en dessous.


Certains choisissent de prendre un chemin alternatif, pour monter au sommet de San Jacinto. J’hésite un peu, je l’aurais peut-être fait si j’avais choisi l’arrêt à Cabazon, avec moins de nourriture dans le sac. Mais là, il est lourd. De plus, je marche avec Stephan et Aloha depuis ce matin, et eux non plus n’ont pas l’air motivés pour le faire.
Tant pis, ça sera pour la prochaine fois. 😁
Une fois la source d’eau visée atteinte, on recharge nos réserves d’eau. La prochaine est à près de 20 miles.

Le PCT s’amuse ensuite à passer d’une montagne à la suivante. On monte, on descend, on remonte, etc… Mais les paysages sont top.

En fin d’après midi, on entame la descente. La vraie. De 2750m d’altitude, on va passer à 415m, au niveau de l’autoroute, que j’atteindrais peut-être demain. Et, vous commencez à vous en douter, si on est descendu… Après avoir traversé la vallée, on remontera.

Mais en attendant, j’atteins mon campement, où je me dépêche de trouver un coin abrité du vent. La météo prévoit 3°C pendant la nuit, et du vent, 40km/h. Enfin, ça, c’est la prévision pour la vallée. Ici, en altitude, il fera plus froid.
Je découvre un coin juste assez grand pour ma tente, bien abrité par deux gros rochers, bien plat, et recouvert d’un épais tapis d’aiguilles de pin. Bien moelleux, donc… J’ajuste soigneusement ma tente, on ne sait jamais, avec le vent.
Et ça ne loupe pas, le repas est vite expédié, le vent est glacial. Je file m’abriter sous mon quilt, bien au chaud. Cette nuit encore, je ne serais pas seul dessous.
Hein? Il a dit quoi, là?
J’ai dit que le soir, je ne suis pas seul dans mon duvet. Et que vous avez trop d’imagination.
En effet, j’ai du matériel qui n’aime pas les températures négatives. Les batteries, par exemple, ont tendance à se vider toutes seules par température trop basse. Pas dramatique en soit, mais j’aime bien pouvoir prendre des photos, de temps en temps, ou m’orienter avec mon smartphone, en cas de doute sur l’itinéraire.
Mais surtout, mon filtre à eau qui, s’il gèle, risque d’avoir sa membrane abîmée, et ne remplirai donc plus son rôle. Je risquerais alors d’être bien emm… … bêté. Le plupart des mes points d’eau sont considérés comme non potables, et pas sans raison. Je rapatrie donc mon filtre, mon appareil photo, mon téléphone et ma powerbank avec moi, bien au chaud pour la nuit.
Malgré tout ce petit monde, je suis bien, ma tente ne bouge presque pas, bien que le vent souffle. Je me colle mes deux bouchons d’oreilles et…
J15 (du mile 190 au mile 211)
29 avril
Je me réveille un peu avant le lever du soleil. Petit déjeuner. Le programme du jour est chargé, je ne traine pas trop: je veux descendre de cette montagne, le prochain point d’eau est situé tout en bas. Et ensuite, trouver où dormir. Rien que ça, ça fait déjà au moins 21 miles…
Je dis au revoir à mes deux camarades, ils ont prévu de prendre leur temps. Aloha a un problème avec son téléphone, il doit passer en ville, et les deux ont de toute façon prévu de passer à Cabazon pour ravitailler.

J’entame la descente… Et ça va durer longtemps. Environ 15 miles de descente. La végétation change. D’abord, je quitte la fraîcheur de l’altitude et l’ombre des grands pins, pour retrouver les manzanitas, broussailles et autres cactus, qui finissent aussi par disparaître au fur et à mesure que je descend. Je suis alors rejoins par Stefan. Il a regardé son stock de nourriture, et il pense avoir assez pour aller jusqu’à Big Bear. En même temps, l’ayant vu faire ses courses, effectivement, il a vu large. Il a laissé un litre d’eau à Aloha, et m’a rejoint. On fini la descente vers l’enfer ensemble.
Oui oui. En bas, dans la vallée, il fait 31°C à l’ombre. Sans ombre. Quelques broussailles basses, et c’est à peu près tout.


Comme Stefan arrive à cours d’eau, on partage ce qui me reste, c’est à dire plus grand chose… Les miles semblent durer une éternité. On voit la citerne en bas, mais le chemin fait un grand détour avant d’en prendre le chemin. Encore 3 miles. Encore 2. Que le temps paraît long. Encore 0,5.

On fini enfin par arriver en bas de cette montagne, et on trouve le tant attendu robinet, issu du réservoir placé un peu plus haut. Le premier litre est avalé d’un trait, tel un shot de tequila. Un gros rocher nous offre une petite zone d’ombre. De l’eau, de l’ombre… Pause, et repas.
Il fait trop chaud pour repartir de suite, alors on traine un peu. Prochain point d’eau à 14 miles, on recharge, et on boit. Après tout, ce qu’on boit ne pèse pas sur nos épaules…
Au moment de repartir, Aloha débarque. Il a réussi à avoir un peu de réseau, à contacter son assistance, et il pense que son problème est résolu. Lui aussi considère avoir quasiment ce qu’il faut pour atteindre Big Bear.
Et bien… Soit. Plus on est de fous…

Et on repart sous ce soleil de plomb, sans un poil de vent. J’ai pensé à mouiller ma casquette, mais elle est sèche en moins de 5 minutes. Vraiment. La prochaine zone d’ombre est identifiée: on doit passer l’autoroute par en dessous, il y a un pont quelque part… C’est, en théorie, à 4 miles. Mais que ces 4 miles sont longs… On passe dans l’ancien lit d’une rivière, et le sol, fait de sable, réverbère la chaleur.
En plus, je sens que la descente de la montagne a laissé sa trace: je pense avoir récupéré une ampoule. Mais pas question de s’arrêter dans ce sauna, on verra à l’ombre.
Le pont fini par approcher, je n’ai qu’une idée en tête: m’arrêter, faire une pause, et boire. Même mon eau commence à être chaude. Bon sang, qu’on était bien, en altitude…
Quand j’approche du pont, les quelques hikers présents m’applaudissent. Et on me tend une serviette humide et glacée… Oh bong sang. Trail magic!
Il y a là deux énormes glacières pleines de glaçons. L’une contient des sodas, l’autre des serviettes. Que cela fait du bien, de se passer cela sur le visage et la nuque. Il y a de fruits et des morceaux de pastèque dans une troisième glacière, des sandwichs, des chips, et de l’eau. Il y a quelques chaises, et de grands cartons sont placardés au mur, ils attendent la signature des hikers de passage. Aucun trail angel en vue, cependant.

On reste là un moment, et on boit. On applaudit à notre tour les deux autres hikers qui arrivent. Ah, ce sourire, quand on leur tend leurs serviettes glacées…

On est tellement bien qu’on envisage de rester pour la nuit. Seul point négatif: le bruit. On repère un emplacement un peu plus loin, a environ 1,6 miles. Allez, c’est reparti. Le soleil est bien descendu, et la température est plus acceptable.
Stefan prend exemple sur moi: cowboy camping pour lui aussi. On est tous bien fatigués, on ne traine pas. Au lit.

J16 (du mile 211 au mile 226)
30 avril
Je me réveille un peu tard. Zut. Il va faire chaud aussi, aujourd’hui. La météo prévoit 30°C. J’aurais dû me lever plus tôt, pour profiter plus de la fraîcheur. Heureusement, le vent, absent hier, mais bien présent aujourd’hui, rend la température plus supportable. Petit déjeuner expédié, et on commence à monter… Pour redescendre.


Et c’est là que j’ai un souci. L’ampoule que j’ai depuis hier me fait mal, mais est-ce que cela a modifié ma démarche? Pendant la descente, je commence à avoir mal à l’un des tendons du genou droit. Je traîne vraiment, on décide d’écourter la matinée (7 miles seulement). On passe justement à côté de Whitewater Preserve, une ancienne zone d’élevage de truites, devenue zone protégée. Il y a de l’ombre et de l’eau…

Je m’occupe de mon genou (étirements légers, massage et repos), et on regarde les possibilités. Il y a un campement à 8 miles. Je vais essayer d’aller jusque là. Aloha, qui s’est tordu la cheville, et a du mal à se lancer le matin tant que sa cheville n’est pas « chaude », a récupéré le numéro d’un kiné, ancien hiker du PCT, qui suit la bulle des randonneurs. Si ça ne s’améliore pas d’ici Big Bear, on essaiera de l’appeller. Évidement, pas de réseau pour appeller Dr Nono pour un avis. Cette chance, quand même, d’avoir un beau-frère médecin.
Le genou semble aller mieux… On repart. Effectivement, le repos semble avoir fait du bien. Je suis tranquille pendant environ 2 miles, mais petit à petit, ça revient… C’est plutôt pendant les descentes que je suis embêté. Tant mieux: pour le moment, je monte.
Bon, il faudra bien redescendre, le campement de ce soir est au bord d’une rivière. Je profite d’être encore en hauteur pour vérifier: houra, j’ai du réseau. Je vais pouvoir appeller Dr Nono, il est quoi… 2h30 heure française, je suis sûr qu’il serait content…
Bon, ben tant pis, je redescend dans la vallée. Il n’y aura pas de réseau en bas, bien entendu. La descente me faisait peur, mais elle se passe mieux que prévue. Tant mieux.

Camper à côté d’une rivière, avec eau à volonté, c’est quand même le pied. Il n’y a que le chant des grenouilles, qui peut être gênant pour dormir. Mais j’ai mes bouchons d’oreilles pour ça.

J17 (du mile 226 au mile 240)
1er mai
Je me réveille avant mes 2 compères. Je me prépare, et je pars un peu avant eux. De toute façon, ils me rattraperont.
Aujourd’hui, on monte, mais lentement: on suit la rivière. Par contre, le tracé est à revoir: il est souvent impossible de savoir par où passer même les traces des précédents hikers partent dans tous les sens.

J’ai pris un ibuprofen avant de partir, et mon genou me laisse tranquille pendant la matinée. Je sens bien que c’est là, mais ça n’est pas trop douloureux.

J’ai trouvé un trail name pour Stefan. Il est toujours devant, il nous montre la voie, il nous attend, nous autres, les blessés. Il sera donc Shepherd, le berger. Et nous sommes son troupeau. L’idée fait rire mes deux compagnons, mais le nom est adopté. Et Stefan le trouve cool.

Ça monte plus dans l’après midi, et mon genou recommence à me faire des misères. J’ai beau dire à Aloha et Shepherd de ne pas m’attendre, ils refusent de m’écouter, Aloha prétextant de la fatigue…

Mine de rien, nous voilà revenus à 2400m d’altitude. La température diminue, mais la fatigue, elle, monte. On a repéré un campement, pas trop loin. Seulement, surprise, il est plein de widow-makers, ces arbres morts dont on ne sait jamais quand ils vont tomber. Hors de question de rester ici. Un autre campement un peu plus loin, mais sans eau, sera notre plan de repli.
J18 (du mile 240 au mile 259)
2 mai
Nuit froide, mais pour moi, très confortable, bien au chaud dans mon duvet. Température au lever du soleil: 3°C.
Je me lève tôt, la prochaine source d’eau est à 17 miles. Il y a un campement juste à côté. Avec mon allure d’escargot, si jeux veux y arriver aujourd’hui, il ne faut pas trainer.

Pour une fois, le trail est presque plat, j’avance bien. Les deux autres mettrons beaucoup plus de temps qu’escompté pour me rattrapper. Je fais 11 miles dans la matinée, et je fais une grosse pause à l’ombre.
Mes deux comparses ont tout de même pris une certaine distance, mais je sais où je dois les retrouver. C’est facile, c’est au premier point d’eau du coin.

Le chemin est vraiment facile aujourd’hui. Majoritairement en descente douce. Souvent à l’ombre de pins, et le sol couvert d’un manteau d’aiguilles, bien moelleux. Rien qui ne me fasse forcer sur mon genou, qui ne se manifeste pas trop.



Seulement, en arrivant au point prévu, ils n’y sont pas. Étrange. Je suis alors abordé par un autre randonneur: Are you Viking? Aloha et Shepherd ont réussi à obtenir que quelqu’un vienne les chercher demain à 10h, au bord de l’autoroute. Ils vont au campement suivant pour se rapprocher. Si je peux pas, je devrais essayer de partir tôt demain pour être au rendez-vous à 10h.
Ok. Ce n’est qu’à 2,1 miles. Mais surtout en montée, et fini le sol moelleux: on est sur du gros morceaux de granit, la. Mon ampoule, toujours douloureuse, ne va pas apprécier. Je croise un autre randonneur, en train de monter sa tente, qui me demande : Are you Viking? Ok, c’était pour me délivrer le même message. Plus loin, trois filles papotent en récupérant de l’eau dans un ruisseau. Are you Viking? Hé, mais ils ont prévenu tout le monde ou quoi?
Je finis par arriver au campement. Yeeaahh! Viking! Repas entre copains, on termine nos réserves de victuailles, en rêvant du vrai repas qui nous attend demain.

J19 (du mile 259 à Big Bear, mile 266)
3 mai
Le programme du jour: arriver à 10h au point de rendez-vous, manger, et s’occuper de mon genou.

Tant que j’y pense: l’arrivée à Big Bear se fait au mile 266. Et pour nous, c’est une occasion supplémentaire de fêter notre arrivée en ville: on a parcouru 10% du PCT.

On est hébergés chez Kenny Anderson. Pour 45 dollars, il vient vous chercher au trailhead (l’accès le plus proche par la route), vous accueille chez lui. Vous avez un lit, l’accès au frigo, à la cuisine, à la salle de bains, au lave linge et au sèche linge. Et au jacuzzi. Et il fourni le petit dejeuner. Et quand vous repartez, il vous ramène ensuite au trailhead…
Bon, j’avoue, au début, on a pris un peu peur. Grosse affiche Trump sur la façade, drapeaux et tout le bazard devant la maison… Mais en fait, Kenny ne parle pas du tout politique, et est super accueillant et arrangeant.

Ah, et il a une balance. Verdict: presque 10kg de moins depuis le départ. Second verdict: il faut vraiment que je mange plus. Certes, j’ai de la marge, mais là, c’est trop, trop vite. J’avoue, la chaleur m’a quelque peu coupé l’appétit. Il va falloir corriger ça. Donc heu…

Salut Emilien.
On attendait avec impatience de tes nouvelles.
Eh beh là tu es vraiment entré dans le « dur » avec de sacrées étapes. Le genou renâcle un peu. Ménage-le quelque temps et avec 10 kg de moins sur la carcasse, il devrait moins souffrir. C’est bien aussi pour moi car j’ai pronostiqué 73 kg à la frontière canadienne.
Profite bien de cet hébergement pour recharger les batteries – dans tous les sens du terme. Ce Kenny est une perle !
Damien
P.S. enfin un burger bien dodu et de belles frites bien dorées qui font grave envie !!
Ravie d avoir de nouveau de tes nouvelles , ça paraît long de ce côté de l écran. Bravo pour ta progression , malgré les quelques difficultés.
Pas une forme olympique peut être mais « déjà » 10 % du PCT parcouru mon cher Viking/Ghost !
10 kg en moins ! Comme dit aux filles…. J’arrive !
Ménage toi quand même mais je te fais confiance pour appréhender les spécialités américaines.
Effectivement plus appétissant le dernier burger.
Au plaisir de te lire
Bisous
Christina
Cc,Emilien
Comme on est content d avoir de tes nouvelles !
Et de si belles photos ,sans parler des commentaires.bravo ! C est super !
C est sur que D r Nono pas trop content sûrement d être réveillé en pleine nuit mais pas furieux non plus ,trop content de faire qqe chose pour toi !
Protège bien tt ce que tu peux,surtt les batteries ! Pas question d être sans nouvelles !
Et mange plus ! C est rare qu on puisse dire cela !
Continue ton petit bout de chemin en prenant bien soin de toi .
Ça fait plaisir de voir que tu as le sourire ,alors garde le et continue à nous faire rêver !
Bises
Michèle
Coucou. Comme quoi il n’y a pas de secret pour maigrir : marcher et ne rien bouffer !! Je saurai quoi conseiller à mes prochains patients qui me demanderont ce qu’ils peuvent faire pour perdre du poids (« pourtant, docteur, je vous promets, je mange très peu ! »). Pas sûr que la prescription du PCT leur plaise…
En tous cas merci pour la dédicace mais tu sais que tu peux essayer de m’appeler quand tu en as besoin (ou m’envoyer un message comme tu as fait) et ceci à n’importe quelle heure. Au pire, le téléphone sera en silencieux et je ne te répondrai pas… Et puis si la sécu rembourse les frais de déplacement pour une visite « à domicile », je suis partant !…
Bon courage pour la fin du parcours (bah oui, tu n’as plus qu’à faire 9 fois ce que tu viens de faire ! Je vais finir par croire que tu nous l’as survendu ton truc ! Lol !) et à tout à l’heure 😉
Bravo pour ces 10% d’effectués 💪💪💪
J’ai bien ri à propos du matériel que tu gardes au chaud 😄
Force et courage pour la suite 💪💪💪
Tu m’énerves, à chaque occasion, tu mange un hamburger et sa m’énerve (moi je sais faire que des pâte a la carbonara et toi tu mange un hamburger. Tu verras quand tu reviendras je serais faire des hamburger et toi tu en auras un avec plein de fromage de quoi te dégoûter des hamburger à vie) (Moua ha ha ha ha)
Reviens vite(STP)