Oui, c’est surprenant, un fonctionnaire qui parle de procédures, n’est-ce pas?
Ici, c’est la liste des démarches à effectuer pour effectuer ce petit voyage. Juste au cas où il viendrait à certains d’entre-vous l’idée complètement farfelue de traverser les États Unis à pieds…
Premier point : il faut vous rendre disponible.
Pour un peu plus de 5 mois, de préférence d’avril à septembre, à un mois près, en tenant compte des inconvénients: plus vous partez tôt, plus vous rencontrez de neige dans la Sierra. Mais plus vous partez tard, plus il fera chaud en Californie du sud, et plus vous risquez d’être bloqué par la neige en fin de parcours, en approchant du Canada. Les grosses chutes de neige, ça peut arriver en octobre…
Donc demandez des congés sabbatiques, quittez votre boulot (pour en reprendre un autre en rentrant, par exemple), arrangez vous avec votre employeur, c’est vous qui voyez. Moi, j’ai réussi à cumuler compte épargne temps, temps partiel annualisé et congés classiques. A vous de voir ce qui vous est possible.
Second point: le VISA.
Parce qu’avec la formule d’entrée habituelle (ESTA), vous n’avez droit qu’à 90 jours. Donc à moins de tenter de parcourir le PCT en courant d’un bout à l’autre, ça va être compliqué. Il vous faudra donc demander le visa B2. Celui-ci permet de rester jusqu’à 6 mois au maximum. Et il est valable pendant 10 ans.
Les étapes en sont les suivantes : remplir, en ligne, le formulaire DS-160, payer les frais de demande de visa (160$, soit 144€ au moment ou je l’ai payé, cela peut évidement évoluer), prendre rendez-vous, en ligne, à l’ambassade à Paris, payer les frais complémentaires (19€) qui correspondent aux frais d’envois de votre passeport avec votre nouveau visa à votre domicile. Et enfin, vous avez l’entretien à l’ambassade.
Pour ma part, ça a été un peu galère dès la prise de rendez-vous. En effet, grâce au COVID, l’administration américaine commençait tout juste à recommencer à fournir des visas, après une période de gel complet des demandes. Bien entendu, le calendrier de possibilités de rendez-vous pour l’entretien était blindé: soit aucune date n’était disponible, soit on me proposait une date au mois d’août. Pour un départ en avril, ça allait être tendu.
Et finalement, avec la reprise des visas, l’ambassade a alloué du personnel supplémentaire aux rendez-vous, et quelques dates se sont libérées, dont une début décembre, dont je me suis emparé. Le principe du rendez-vous est assez simple: vous êtes considéré comme un potentiel immigrant illégal, et c’est à vous de démontrer, justificatifs à l’appui, que vous quitterez le territoire des USA avant la fin du temps maximal autorisé.
Pour moi, au vu de ma situation, ça a été facile : j’avais mon travail de fonctionnaire qui était seulement, « en pause », ma femme et mes enfants qui restaient en France, ma maison et le crédit qui va avec. J’ai expliqué mon projet, démontré avec feuilles de paye et relevé de comptes que j’avais les moyens de subsister pendant mon périple (non, je ne viens pas pour travailler en douce), présenté mon livret de famille, la photo d’identité au format visa US, et mon passeport, que l’ambassade a conservé quelques jours (ça peut être beaucoup plus long) avant de me l’expédier chez moi agrémenté du fameux sésame.
Attention, cet entretien n’est pas à prendre à la légère: les refus sont plus fréquents que l’on ne le pense, et impossible de discuter avec l’agent d’ambassade de sa décision, elle est irrévocable. Il ne vous reste plus qu’à reformuler une nouvelle demande, en payant de nouveau, et en cochant cette fois ci la case « une précédente demande de visa m’a déjà été refusée », ce qui n’augmente pas vraiment vos chances, j’imagine.
Troisième point : le permit PCT
(Oui, je sais, j’écris permis avec un T. A l’américaine, en fait.)
Ici, il vous faudra vous rendre sur le site de la PCTA, l’association qui gère le PCT, pour connaitre les dates de mise en ligne des places disponibles. Pour moi, ça a été le 9 novembre pour la première partie et le 11 janvier le reste. Le système est assez simple : connectez-vous au site de demande, juste à l’heure annoncée, et vous atterrissez dans une file d’attente. Une fois votre tour arrivé (très rapidement si vous avez de la chance, au bout de 2 ou 3 heures si ce n’est pas le cas, vous sélectionnez une date de départ disponible, s’il en reste, remplissez le formulaire et attendez la validation.
Après, si vous n’avez pas eu de chance, mais que vous espérez encore, vous pouvez tenter de surveiller le site, qui est mis à jours en cas de désistement. C’est ce que j’ai fait. Et là, je vous donne ma méthode : tout d’abord, l’application Web Alert (sur android). Vous entrez votre scénario de connexion au site web, et l’appli enregistre un élément de la page. Dans notre cas, le calendrier. Puis l’appli répète le scénario, toutes les 10 minutes, et vous prévient par notification si l’élément enregistré à été modifié. Donc si une date est disponible. Et deuxième point: à priori, l’association fait, le plus souvent, ces mises à jours aux alentours de 18H/19H (heure française). Et jamais le week-end.
Petit détail: le permit PCT est gratuit, même si le formulaire d’inscription demande si vous voulez faire un don à l’association.
Quatrième point : l’avion
Oui, c’est maintenant le moment de vous en occuper, puisque vous savez quand vous commencerez à marcher. A vous de fouiller les différents comparateurs de vols disponibles en ligne, ils sont assez nombreux, pour obtenir le meilleur billet en fonction de vos dates. Deux pistes pour vous : soit un trajet tout en avion jusqu’à San Diego, soit un trajet en avion vers Los Angeles, puis un train, voir un bus (GreyHound) pour San Diego.
De là, vous pourrez, comme moi, vous faire amener au point de départ par Frodo et Scout, d’anciens PCT-hikers qui accueillent tous les ans des PCT-istes sur le départ. Vous pouvez aussi pendre un bus depuis la gare routière de San Diego et qui passe par Campo, la petite ville juste à côté du point de départ.
Cinquième point : le Fire Permit
Rien de terrible ici, mais pour allumer feu en Californie, vous devez avoir le permis. C’est sympa, un petit feu de camp, de temps en temps, pendant la rando. Le permis est gratuit, ça se rempli très vite, et n’implique que de regarder une vidéo de prévention contre les incendies. C’est d’ailleurs le principe, en fait : tenter de limiter les comportements dangereux.
Sixième point : la planification
Il va être temps de regarder un peu du côté du planning. Attention, ici, inutile d’en faire trop. Juste connaître les différentes options qui s’offrent à vous. Un planning, sur ce genre d’aventure, est forcément amené à changer, en fonction de ce qui va vous arriver, de votre rythme de marche qui va changer, etc.
Mais savoir, surtout au début, où vous compter vous arrêter, et combien de jours, en gros, vous mettrez pour y arriver, va vous aider à prévoir les premiers ravitaillements.
Petit site web bien pratique pour commencer: PCT planner. Vous rentrez votre vitesse de marche et le temps de marche quotidien, et le site vous propose un plan de ravitaillement, à adapter ensuite, bien évidement.
Septième point : le matos
Presque tous ceux qui ont terminé le PCT sont d’accord sur ce point : c’est beaucoup plus facile avec un sac léger. Mais qui dit léger et solide dit cher, dans le monde de la randonnée. Étant donné que j’ai planifié cette rando depuis un bon moment, j’ai eu le temps de profiter de nombreuses promotions, Blacks Fridays et autres pour obtenir des prix intéressants sur du matériel que j’avais repéré.
Attention, commencer à s’intéresser au matériel de rando peut amener à des questionnements sur le CUIN d’un duvet, ou sur les différences entre cuben, silpoly et silnylon. Entre autres. Mais pas de panique, pour vous guider sur le chemin de la randonner légère, vous pouvez consulter l’excellent forum et le wiki de l’association randonner léger. Croyez-moi, pour préparer ce genre de projet, c’est une saine lecture. Même si vous y croiserez quelques extrémistes du style coupeurs de brosse à dent.
La liste complète de ce que j’emmène arrivera dans le prochain article.
Bonjour Emilien,, je m’appelle Xavier et suis un copain d’Odile. Je suis également randonneur mais sur 15 jours max. Je te souhaite un super séjour et j’attends avec impatience de savoir ce que tu as emporté, ainsi que la capacité de ton sac et le poids complet. J’ai l’impression que j’en emmène toujours de trop..
A bientôt. Cordialement. Xavier