Chez Kathy et John
J77 (Suite)
30 juin
Après le repas, on profite des bus (gratuits) pour se déplacer en ville. On passe par le magasin de sport local, j’ai besoin de remplacer les guêtres, et une paire de chaussettes. Et d’une nouvelle casquette. J’ajoute quelques repas déshydratés, je n’en trouverais pas dans un supermarché classique, où l’on prévoit de ravitailler.

Puis on se dirige vers chez Kathy et John, un couple de Trails Angels qui a proposé de nous héberger pour deux nuits. Devant la difficulté de trouver une chambre pendant ce weekend particulier, Shephard avait posté un message sur Face-de-bouc, et Kathy a résolu notre problème en nous invitant chez eux. Tout simplement.
Excellente ambiance, Kathy et John sont super sympas. On se retrouve avec 3 autres hikers: Sunday rolls et Master Will, qui sont frères, et Fat Bitch (à prendre au second degrés).
John ouvre la porte avec une blague qu’il doit faire souvent: Ah non, ils ont des bâtons de rando, ce ne sont pas des sans-abris, ce sont sûrement des hikers.
John s’amuse ensuite à nous poser un dilemme: on préfère prendre quoi d’abord, une douche ou une bière? Et comme on est pas les premiers hikers qu’il rencontre, il sait déjà ce qu’on va répondre. Au passage, il tient à jour un tableau de données, on est les numéros 164 et 165…

Kathy cuisine, et refuse notre proposition de l’aider. Ce soir, c’est taco-salade. John ouvre une bouteille de vin californien, vraiment bon. Il faut préciser qu’ils sont membres d’un groupe de dégustation de vins… Et je reviens sur mon opinion que les américains ne savent pas cuisiner. Jusqu’ici, même des restaurants bien notés, autre que burgers, étaient très décevants, mais là, je me régale.
J78
1er juillet
Après un petit déjeuner américain classique, Kathy va déposer Fat Bitch sur le trail, elle repart ce matin. Shepard profite de la matinée, et de la tondeuse électrique de Sunday rolls, pour se faire couper les cheveux et la barbe.

On attend aussi de la visite. Un hiker du CDT, mon plan B si je n’avais pas réussi à avoir mon permis PCT, s’est blessé. Il doit arrêter sa randonnée. Le problème, c’est qu’il avait préparé tous ses ravitaillements à l’avance. À sa demande, ses amis, qui habitent justement South Lake Tahoe, cherchent à se débarrasser de la pile de cartons de ravitaillement qui encombre leur appart, et s’ils auraient dû envoyer plus tard. Ils distribuent donc la nourriture. Ils viennent jusqu’ici pour nous donner des paquets de müesli, purée déshydratée, macaronis, ramens, etc… Ça ne sera pas suffisant pour la suite, mais c’est toujours ça de pris. Merci à eux.
Puis on file. Il faut préparer les prochains ravitaillements, et ça va prendre du temps: on a prévu d’envoyer deux colis de nourriture, pour les deux prochaines étapes. Ce qui implique d’acheter pour treize jours de nourriture, reconditionner le tout, séparer en trois paquets et en envoyer deux, le tout avant 17 heures.
Kathy nous dépose devant un restau de burgers: ne jamais ravitailler le ventre vide, c’est la règle. Sinon, si on a faim, on achète trop de nourriture. Et on doit ensuite la porter…
Ensuite, direction le supermarché. Et comme d’habitude, on y passe un temps considérable. Tellement que je commence à me dire qu’on va être en retard à la poste. Je presse Shephard, je passe à la caisse et commence à reconditionner et séparer mes achats devant le magasin, en l’attendant. Puis, quand il sort à son tour, je l’aide un peu, pour gagner du temps. Mais on va être vraiment juste. Tellement que l’étape de séparation pour les trois prochains ravitaillements est expédiée, sans doute un peu trop rapidement.
On accède à la poste juste avant sa fermeture, on peut envoyer nos colis. J’en profite pour renvoyer en France mon piolet et mes crampons, ils ne seront plus utiles maintenant.
Évidement, après vérification, il nous reste trop de nourriture pour l’étape qui arrive, et donc les colis envoyés ne sont pas assez remplis. Voilà ce que c’est d’agir dans la précipitation…
En plus, on a eu la mauvaise surprise d’apprendre que grâce au lundi 4 juillet férié, il fallait mieux ne pas trop de dépêcher d’arriver à Sierra City, notre prochaine étape, sous peine d’arriver avant le colis. Ce qui ne nous arrangerait pas du tout…
Ok. On va donc devoir marcher tranquillement les prochains jours. Au final, on a déjà vu pire, comme problème.
On rentre chez John et Kathy, et on y trouve Woods. C’est une randonneuse un peu particulière, puisqu’elle a déjà parcouru l’Appalachian Trail. Elle est expérimentée dans la rando longue distance, et ses conseils sont donc écoutés. Et d’autre part, elle porte en permanence sa pompe à insuline. Ouep. Ça veut dire, en plus de tous les soucis d’ordre médical que ça rajoute, que quand nous, on arrive en ville, et qu’on se bâfre de ce qu’on trouve, elle, dans la même situation, doit continuer de faire attention à ce qu’elle mange. Ça lui rajoute un certain nombre de contraintes, je trouve, mais ça n’a pas l’air de la gêner le moins du monde.

Et enfin: Woods fait partie de celles qui randonnent seules. Je veux dire: la population des hikers est plutôt mixte. Je ne serais pas étonné que la proportion féminine soit proche des 40 à 45%. Mais la grande majorité d’entre elles sont en groupe. Les hikers féminins en solo sont une minorité.
Kathy a préparé une énorme et succulente salade de pâtes, qui va se faire massacrer en très peu de temps. Un régal. Et les deux bouteilles de vin californien délient un peu les langues, on passe encore une très bonne soirée.
John nous parle des problèmes des ours urbains de South Lake Tahoe, ces ours qui vivent en ville, de chapardages et d’explorations de maisons, surtout la nuit. C’est même arrivé chez eux, l’animal s’était introduit par une fenêtre laissée ouverte. Et comme d’habitude, il s’est enfuit dès qu’il a vu des humains. Ici, John et son fils, réveillés par le bruit des griffes sur le parquet. Quoi, ça ne vous donne pas envie d’habiter les environs?
J79
2 juillet
Petit déjeuner au burrito breakfast. On passe la matinée à discuter avec Sunday rolls et Master Will. Eux restent jusqu’au 4 juillet, pour voir le défilé, le feu d’artifice et faire la fête.
On prépare notre sac. Shephard a du mal à fermer le sien, il a vraiment trop de nourriture…

Kathy emmène Woods à la poste, et à son retour on repart à trois sur le trail. Kathy nous dépose à Echo Lake, là où on l’avait quitté. On mange avec Woods, puisqu’il est presque midi. On papote, on traine un peu. Et puis, à un moment, on se motive, et on repart.