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J’ai un rendez-vous avec les trois soeurs

De Shelter Cove à Bend

J114 (de Shelter Cove, mile 1906, au mile 1911)

6 août (suite)

Le stop n’a pas été super efficace, ce matin. Il y a pas mal de voitures qui passent, mais sans succès. Mais bon, à cet endroit, on n’a pas vraiment le choix.

On fini cependant par arriver à Chemult. La boutique n’est rien d’autre qu’un équivalent d’une station service, un peu amélioré peut-être. Mais il y a du wifi, des prises électriques, j’en profite donc pour mettre à jour le blog. On mange, on complète le ravitaillement, on vérifie que Cedar Creek fire n’est pas encore un trop gros problème pour nous, et on optimise la stratégie pour la prochaine clôture du trail. Je vous en reparlerais plus tard, on va peut-être réussir à faire un truc sympa.

Ensuite, retour sur le bord de la route, avec un succès toujours mitigé. C’est Éric, qui vient du Minnesota, qui nous emmène, et va faire un détour de 20 minutes pour nous déposer à Shelter Cove, où se situe la fin de la zone fermée.

Shelter Cove, c’est un gros resort, un de ces campings améliorés. Une grande tente est installée, avec un logo du PCT: c’est le coin de rassemblement des hikers. Tables, bancs, prises électriques, hiker box, et de l’ombre. Parfait.

On reprend le chemin. On a donc manqué 60 miles, et donc la marque des 1900 miles, avec cette coupure.

On entre tout de suite dans la forêt, et après une heure et demie de marche, on arrive au bord d’un lac, qui sera notre point d’eau et notre campement pour ce soir. Je remarque vite qu’il est plein d’écrevisses. Mais comme ni moi ni Shepherd ne connaissons le mot anglais pour écrevisses, on les appellera donc des homards.

Un des « homards » du lac…

On voir bien la fumée du feu, on la sent un peu aussi, mais on n’est pas encore embêtés. Les prochains jours risquent d’être un peu plus gênants.

J115 (du mile 1911 au mile 1940)

7 août

J’ai fait un mauvais pronostic hier: ce matin, la fumée a complètement disparu. Même l’odeur est absente. Tant mieux.

Et on commence avec une petite montée, qui nous offre une belle vue. Mais il faut en profiter, on va passer les prochains jours dans la forêt. Il y aura aussi beaucoup de lacs, d’étangs et de mares, qui seront notre principale source d’eau.

Première zone brûlée, sur environ 5 miles. Plus ancienne que les précédentes: les arbres recommencent à y pousser.

Pause de midi au bord d’un lac. Chose surprenante, assez peu de moustiques sont présents. On en profite pour tester la température du lac. C’est un peu frais, mais bon, on insiste, on continuer de tester encore un peu…

Autre zone brûlée, plus recente. On y aperçoit au loin le nuage de fumée, qui ne vient pas vers nous, mais va vers le nord. On ne va pas se le cacher, ça nous arrange pas mal.

On croise Possibly et Rolls, mais sans Royce ni Smiley. Eux ont trouvé un chemin, depuis Chemult, pour marcher jusqu’ici, mais en devant porter pour 45 miles d’eau. Je leur souhaite bon courage. Les filles ont trouvé leur plan déraisonnable, et je les comprend. Elles les retrouveront plus tard.

Il faut tout de même que je précise une chose: ici, avec tous ces lacs, on arrive dans une place forte du général moustique sur le PCT.

Le match est plutôt serré, je n’ai pas le décompte exact, mais on doit être à près de 200 moustiques écrasés, contre sept à huit litres de sang prélevés. Au fur et à mesure, je commence à distinguer plusieurs profils dans les troupes déployées par le général:

Moustiques plongeurs. Aventuriers en mal d’action ou explorateurs assidus, ceux-là tentent de vous rentrer dans le nez, la bouche ou les oreilles. L’exploration est en général assez brève.

Moustiques-cannons. Tels les hommes-cannons, mais sans le materiel. Ils sont entraînés à atteindre une certaine vitesse de pointe, et sont capables de rattrapper un hiker en marche. Mais ne sont pas entraînés à l’atterrissage discret.

Moustiques ninjas. Apparaissent en général au moment où vous avez prononcé les mots: « c’est bon, il n’y a pas de moustique ici ». Ils sont capable d’attendre des heures, tapis dans l’ombre, que les conditions soient réunies pour sortir de leur cachette et fondre sur leur proie.

Moustiques vicieux. Piquent uniquement là où ça dérange le plus: à la jointure des doigts, sous la bretelle du sac à dos (quand vous l’avez enlevé), sur la jambe, juste à l’endroit où le short frotte un peu quand vous marchez. Par exemple, là, j’ai cinq piqûres sur le poignet gauche, où je porte ma montre, et à différents endroits, pour m’empêcher de la porter. Aucune piqûre sur l’autre poignet. Coïncidence? Je ne pense pas…

Moustiques stratèges. Ceux qui cherchent une faille dans vos défenses physiques et chimiques. Exemple: vous avez mis du DEET sur la paume et le dos de votre main, ils vont donc attaquer sur… le tranchant de la main.

Moustiques psys. Ne sont pas là pour vous piquer, leur mission est d’ordre psychologique: ils se contentent de tourner autour de vos oreilles, avec ce son si agaçant, pour vous rappeller qu’eux et leurs copains sont dans les environs.

J116 (du mile 1940 au mile 1968)

8 août

Ça a l’air d’un coin sympa pour une pause, hein? Un lac, un tronc pour s’assoir… Hé bien non, c’est un piège, les moustiques ninjas nous attendent.
Un des lacs, avec une petite ile
Meadow
Un point d’eau bien fraiche

C’est aujourd’hui qu’on va rencontrer les trois soeurs. Je commencerais bien par une photo de famille, mais la cadette est un peu timide. Et comme vous êtes nombreux à venir sur le blog, elle a préféré rester cachée. Bah, ça va lui passer, il faut juste lui laisser un peu de temps, qu’elle s’habitue… Et puis, c’est la plus petite, et on pardonne toujours aux plus jeunes, non?

On va donc commencer par rencontrer l’aînée, South Sister (3145 m), et la benjamine, Middle Sister (3051 m)

South Sister à droite, Middle Sister au fond à gauche

Comme vous pouvez le remarquer, la pluie approche. Mais les nuages vont se contenter de rester du côté des soeurs. Au début, on s’est dit que c’était parfait. Mais en fait, notre prochain point d’eau était un ruisseau qui descend des soeurs. Le débit a augmenté, à cause de la pluie donc, et l’eau apparaît blanche, chargée de petits débris. De quoi boucher mon filtre. Pas super…

South Sister, une fois les nuages partis

Et devinez qui j’ai vu aujourd’hui, 2 miles avant le campement? Nounours! Comme le dernier, j’ai surtout vu son arrière-train, pendant qu’il s’enfuyait. Les ours n’aiment pas avoir à faire avec les humains, à part ceux habitués à nous côtoyer, dans les zones touristiques.

On a pour objectif d’arriver demain à Big Lake Youth Camp, et avant 18h20. Il nous restera 27 miles, c’est faisable.

Middle Sister. North Sister se cache derrière.

Peu de temps après notre arrivée sur le campement, un orage éclate.

J117 (du mile 1968 au mile 1995)

9 août

Petite averse au réveil, je range la tente sous la pluie. On se dit qu’on va faire sécher le matériel humide à la pause de midi, mais les averses vont se répéter une bonne partie de la journée, et se calmer en fin d’après midi.

On commence par arriver à l’Obsidian Limit Entry Area, ou comme son nom l’indique, on trouve pas mal d’obsidienne, et l’accès en est restreint. Je profite d’une courte accalmie pour prendre en photo d’Obsidian Falls.

On voit bien apparaître North Sister (3039 m), la cadette des trois soeurs. Seulement pas de photos pour vous, pour le moment. La pluie est même maintenant secondée par un orage. On espère évidement qu’aucun nouvel incendie ne va se déclarer.

On a une petite éclaircie vers midi, en arrivant au bord d’un lac.

Le nuage passe. Et enfin, North Sister, à gauche, et Middle Sister à droite

Vous aviez aimé les champs de lave de Brown Mountain? Tant mieux. Sinon, ben… le reste de la journée risque de ne pas trop vous plaire. D’ailleurs, perso, je trouve ça plutôt joli. Ça change. Mais mes pieds, eux, n’apprécient pas vraiment. Or, on a une heure fixe pour l’arrivée au campement. Donc pas question de les écouter râler…

Les prochaines montagnes à venir: Mt Washington, Three Fingered Jack et Mt Jefferson.
Champs de lave, en montée… Belknap à gauche, Little Belknap à droite.
Le cratère de Little Belknap, de plus près.
Mt Washington.
Oui, même un champ de lave, ça peut brûler. North Sister et Middle Sister de plus loin

On arrive juste à l’heure prévue, à Big Lake Youth Camp. C’est un camp de vacances pour les enfants, au bord d’un lac. Ils accueillent volontier les hikers de passage: après inscription, on vous offre les repas, les douches, la lessive, l’électricité, et un bâtiment vous est dédié. Mais vous pouvez faire une donation, si vous le souhaitez. Quelques règles quand même: éviter les zones avec les enfants, on mange avec le staff, on ne dort pas sur place, mais à la limite du camp, et pas d’alcool, ni tabac, ni autre, évidement.

Le repas est un buffet, servi à 18h20. D’où l’importance de ne pas arriver en retard. Je me régale. Buffet chaud: pommes de terres, haricots rouges type chili, brocolis, sauces. Buffet froid: salade, tomates, maïs, betterave, poivron, concombre, etc… Simple, mais bon. Je fais un véritable carnage parmi la salade et les légumes.

Nuit au bord du lac

J118 (du mile 1995 au mile 2015)

10 août

Petit déjeuner au camp, toujours un buffet, avec le staff du camp. Lessive et douche.

On est tellement bien qu’on part tard. Comme je le fais remarquer à Shepherd, si on reste encore un peu, on va pouvoir prendre notre repas de midi ici…

A peine sortis du camp, Trail Magic. Mike, qui habite à deux bonnes heures de route, attend les hikers de passage, comme ça, pas besoin de randonner pour rencontrer des randonneurs. Il offre des boissons, voir des repas, s’ils ont faim. Il a de quoi faire des hot dogs et des burgers. On se contentera d’un soda, pour notre part. Merci!

2000 miles

On s’arrête au trailhead, au bord de l’autoroute, pour manger: il y a des tables. C’est ici que 90% des hikers encore présents sur le trail le quittent. Direction Sister, ou Bend, plus loin. Mais pas pour nous. Le trail n’est fermé que dans 27 miles, et on a bien l’intention de les parcourir. On sortira juste avant la fermeture, direction un autre trailhead, d’où il pourrait s’avérer beaucoup plus compliqué de rejoindre la civilisation.

Pendant notre repas, une dame s’approche, on discute un peu, et elle nous offre quelques barres chocolatées. Ça va nous servir, paraît-il. Merci!

Ensuite, on attaque la montée vers Three Fingered Jack. Ou « Jack aux trois doigts », pour les non anglophones. Il fait 36°C, à l’ombre, mais la plus grosse partie de la montée se fait dans une zone brûlée, quasi sans ombre…

La montée depuis le Sud. Avec des arbres! Mais seulement sur la fin de la montée.
Face Est
Face nord

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais cette zone est importante, car elle signe un retour vers des paysages un peu plus… montagneux.

On fini même la journée la tête dans les nuages.

C’est par là…

Je profite de la lumière très particulière pour faire d’autre photos.

Une seule petite zone au sol qui reçoit les rayons du soleil. Dans un film fantastique, c’est là que le héro trouve l’épée magique… Non?

Il commence à y avoir du vent. Mais comme on passe du côté abrité de la crête, et qu’on y trouve deux emplacements, on va moins loin que prévu, on préfère rester à l’abri. Et de toute façon, on n’est pas pressés. Mine de rien, on dort à 1900m d’altitude.

Le côté à l’abri
La zone du campement. Pas de vue, mais c’est plat, moelleux, et abrité du vent.

J119 (du mile 2015 au mile 2028, puis hors trail jusqu’à Pamelia Lake Trailhead, et stop jusqu’à Bend)

11 août

Réveil 5h. On repousse l’heure de se lever. De toute façon, quand on choisi de traverser les États-Unis à pieds, en principe, on ne peut pas vous considérer comme un fainéant. Ça a des avantages…

Je retrouve des oiseaux-mouches, qu’on avait pas vus depuis le désert. Pas facile à prendre en photo, ils sont trop rapides. Le temps de sortir l’appareil, ils ont disparu…

On se rapproche du Mt Jefferson (3196 m). A vrai dire, le PCT le contourne par la gauche, mais c’est là qu’on va en sortir. Direction Pamelia Lake, puis le trailhead qui y mène.

De gauche à droite: North et Middle Sisters, Mt Washington et Three Fingered Jack.
Mt Jefferson
Mt Jefferson
Mt… Non, c’est bon, je pense que vous l’avez, là…

Descente vers Pamelia Lake

Pamelia Lake. Ne reste qu’à descendre…
Descente en forêt.

On s’arrête au trailhead pour manger. Personne ne passe, on s’oriente donc, à pieds, vers l’ouest, vers la route la plus proche. Finalement, un véhicule arrive. Doug et Chad dont allés randonner sur le Mt Jefferson, et maintenant Doug dépose Chad à sa voiture. Chad, lui, va à Bend et a de la place… Merci!

4 commentaires sur “J’ai un rendez-vous avec les trois soeurs”

  1. Coucou,Emilien
    Je ne t ai pas abandonné mais les vacances des enfants sont des moments très prenants pour les gds parents !
    Bravo une fois de plus pour les photos et les commentaires !
    Il te reste de l énergie encore pour nous faire rêver , c est formidable !
    Bonne continuation de route .
    Michèle

  2. mais qui a inventé le moustique ? heureusement je vois que tu as bien cerné l ennemi ! vous vous eloignez des feux tant mieux et vous prenez les chemins de traverse , ne vous perdez pas ! bonne route et a tres vite de te lire bisous

  3. Coucou Émilien, toujours un plaisir de te lire ! Au passage écrevisse (de Louisiane) se dit Clarkii ❤️
    Et dis-moi tous les moustiques qui piquent ne sont-ils pas des ‘elles’ ..? Ce serait un coup de La Générale moustique !? Sauf pour les bataillons de moustiques psys alors…
    Bises et continue ton amazone trip ! Heu amazing trip ! Mon tel a fourché, bisous !

    Anaïs

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