Fin du jour 3:
Comme dit Céline, c’est « Vers l’inconnu et au-delà ». Je crois qu’elle regarde trop la télé…
Mais bon, à partir de maintenant, j’avance en territoire inconnu. Fini les « on devrait bientôt avoir un petit coin sympa avec une belle vue pour une pause ». On revient à un vrai PCT: dans tout ce qui va venir, tout est nouveau, 100% découverte.
Et intérieurement, je jubile. En même temps, c’était le but, de venir faire cette partie. Et je remarque que contrairement à la précédente partie, je suis hyper concentré sur ce qui m’entoure. Comme si j’avais une interro après sur ce que j’avais vu. Je cherche visiblement à graver dans ma mémoire la fin de ce chemin.
Au bout de quelques centaines de mètres, je sens soudain une odeur de fumée. Petite pensée fugace: tu vas voir que peut-être, le chemin est fermé un peu plus loin à cause d’un incendie…
Noooooon! Hors de question. Ça, j’ai déjà fait. Et il faut être un peu réaliste, et réfléchir un peu: aucun départ de feu n’a été signalé récemment, et il pleut. Même s’il y avait un début d’incendie, ça ne pourrait pas être un gros truc, puisque pas encore signalé. Et la petite pluie que l’on a actuellement devrait alors être suffisante pour qu’on soit tranquille. Donc on peut continuer, pas besoin de s’inquiéter pour ça. Et, histoire de confirmer, cette odeur va complètement disparaître.
Pour l’instant, les nuages sont bas, et la visibilité plutôt limitée. C’est un peu dommage, mais on fait avec ce qu’on a.

Je trouve finalement un trail name pour Céline. L’anecdote est simple: pendant une petite pause, Celine, qui buvait de l’eau, a visiblement tenté d’éternuer en même temps. Dans ma direction. Devinez qui s’est pris une gorgée d’eau en plein visage? Et, une fois passée la surprise, la première pensée qui m’est venue est tirée de Tintin et le temple du soleil:
« Quand lama fâché, lui toujours faire ainsi ».
Mouais… Ça sera donc « Lama ».
Les nuages bas se lèvent peu a peu, on commence à distinguer un peu les paysages. Mais la pluie reprend.


De plus, il commence à faire froid. Et comme Céline se plaint d’une douleur au genou, on fera une pause pour prendre un chocolat chaud, sous l’abri offert par les arbres d’un petit bosquet.

Il y a ici plusieurs emplacements de campements pour la nuit, mais comme il est encore prévu de la pluie pendant la nuit, je vais chercher un emplacement qui soit un peu abrité, mais surtout qui ne soit pas dans un creux, histoire d’être certain de ne pas se réveiller dans une piscine. Ma crainte, c’est se réveiller au milieu de la nuit avec toutes ses affaires trempées. A priori, tout sauf fun…
On s’arrêtera donc un peu plus loin, à Windy Pass, qui porte visiblement bien son nom. Malgré la présence des arbres, qui nous protégeront assez efficacement de la pluie, un vent froid, qui s’infiltrera sous la tente, va souffler jusqu’au lendemain matin.
On a fait 15 miles.

Jour 4:
Le vent ne s’est pas calmé de la nuit, et comme prévu, on a eu de la pluie.
Ce matin, j’ai eu beau regarder la carte, je pense qu’on va devoir faire 19 miles aujourd’hui. Soit 30 kilomètres. Et c’est beaucoup, surtout pour Céline, certes, mais même pour moi. La raison en est simple: il y a peu de campements dans la zone où l’on va arriver, et la plupart sont très exposés aux intempéries. Sauf à 19 miles, on serait au bord d’un petit lac, sous les arbres, et protégés de trois côtés par des falaises. Ça a l’air bien… Mais c’est loin. Enfin, on verra.
Céline se plaignait, hier, d’avoir un genou qui lui faisait mal. Au vu du programme du jour, et vu que moi, ça va, je change un peu la répartition des poids dans nos sacs. Je récupère du lourd, je lui laisse du volumineux, mais léger. Ça devrait l’aider.


Le matin, on monte un peu, et on repère un peu de neige fraîche sur les montagnes voisines. On n’y a pas eu droit, où l’on était, mais les conditions ne sont vraiment pas loin.
Plutôt descente, puis montée. A midi, on arrive sur une plaine en altitude, juste avant Rocks Pass. La vue est dégagée, je fais quelques photos, mais on a toujours ce vent froid, donc on s’abritera dans un autre bosquet pour la pause repas.



Puis on reprend, on fini de monter jusqu’à Rocks Pass, qui est superbe.





Petite hésitation : on y trouve deux chemins. Un qui semble aller directement, a flanc de montagne, jusqu’à col suivant, Woody Pass, que l’on voit bien d’ici, et l’autre qui descend un peu dans la vallée, pour remonter sur le même col un peu plus loin.
Céline voudrait prendre le chemin direct, mais mon intuition, et peut-être aussi mon habitude du PCT, me dit que c’est l’autre chemin. Je commence à regarder ma carte, et arrive alors une dame assez âgée, allant en sens inverse. Non, pas une SOBO, mais vous y êtes presque… Une NOBO, mais qui a terminé son trajet à la borne et ensuite fait demi-tour. Elle me confirme mon impression: le trajet direct est en fait un ancien tracé du PCT, et même s’il est très visible d’ici, il n’est plus praticable et disparaît un peu plus loin. Je me disais bien que ça aurait été trop facile… Elle nous confirme aussi que le lac que j’avais repéré ce matin sur ma carte est la meilleure solution si on veut une nuit tranquille, mieux vaut aller jusque là. On a déjà fait 11 miles, il en reste encore 8.


Alors on repart, le passage entre les deux cols est assez rapide tout de même. Environ 3 miles. On croise d’autres hikers, qui ont eux aussi terminé leur PCT, mais ont fait demi-tour à la frontière. Les encouragements fusent. « Allez, vous y êtes presque », auxquelles je réponds évidemment par des félicitations pour avoir terminé le trajet.
Juste avant le col, je savais qu’il y avait des emplacements de campement, pas super, mais en fait déjà pris. On y trouve des tentes, couvertes de quelques centimètres de neige. Un peu surpris au début, car il est encore tôt, je réalise en fait qu’elles sont vides. On n’est qu’à 11 miles de la fin. Des hikers ont probablement dormi ici la nuit dernière, laissé leurs tentes, duvets, etc… pour faire un aller-retour jusqu’au monument, et comptent revenir ici ce soir. Autant ne pas s’encombrer d’un poids inutile et laisser donc ici ce qui ne servira pas durant la journée.


Après Woody Passe, le temps se gâte. On aura d’abord un peu de grêle, légère, et pas vraiment gênante, un peu de neige et surtout de la pluie, jusqu’au soir. Au début, on reste à flanc de montagne, on passe un petit pic jusqu’à arriver au-dessus du lac, Hopkins Lake.





Mais avant, il va falloir y descendre. Et la descente s’effectue via Devil’s Stairway, l’escalier du diable. Et ça, Céline ne l’apprécie pas du tout. Son genou, déjà douloureux, la gêne vraiment. On va donc descendre assez lentement.




Il y a aussi du monde près du lac, mais tous sont déjà couchés quand on arrive. Je trouve un emplacement bien à l’abri sous les arbres, même si un peu en pente. Pas grave, ça ira. On mange vite et on se couche très vite, même si j’insiste bien sur le fait de bien s’étirer et se masser les jambes et les pieds. 19 miles, ce n’était pas rien.

Jour 5:
Au réveil, Céline faisait, à mon goût, un peu trop de bruit, elle parlait fort. Je lui rappelle que l’on est pas seuls, elle me dit que non, c’est bon, elle ne dérangera pas les voisins puisqu’ils sont partis, elle les a entendu marcher près de la tente pendant la nuit.
Hum… Petit coup d’œil à l’extérieur, non, les autres sont toujours là. C’est sans doute le moment où je dois signaler que sur mon appli, plusieurs hikers ont indiqué avoir vu un ours dans les environs, très récemment. Bon, ben les bruits de pas pendant la nuit, c’était pas grand chose, juste notre ami poilu qui est venu vérifier près des tentes s’il ne restait pas quelques trucs à manger…
Il reste seulement 6 miles jusqu’au monument.

La pluie s’est calmée.

On arrive enfin au terminus…
Magnifiques photos ! Et récit au top 👍🏼
On attend le finish !!!
C’est vraiment très beau ces couleurs d’automne !