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Hikers dans la brume

De Ashland à Crater Lake

J109 (du mile 1719 au mile 1724)

1er août (suite)

Retour sur le trail

Comme on l’avait imaginé, la vue est un peu bouchée.

Il fait toujours chaud. Mais un peu moins qu’avant, j’imagine que la fumée fait aussi descendre un peu la temperature.

Shepherd commence à manquer d’eau. Une voiture passe, sur une route de terre qu’on croise, et s’arrête. En descend un vieux monsieur, tout le cliché du hippie. Il demande si on a besoin de quoi que ce soit, et il a justement de l’eau. Trail provides…

Le soir, sur le campement, deux chauves-souris passent et repassent au dessus de nos têtes. J’imagine qu’elles font un festin des éclaireurs envoyés par le général moustique.

Commentaire de Shepherd: Bienvenue en Ecosse!

J110 (du mile 1724 au mile 1755)

2 août

Il a plu pendant la nuit. Difficile de ne pas s’en apercevoir: elle me tombait sur le visage, j’avais laissé un des côté ouvert, pour avoir une meilleure aération. Fermeture du côté ouvert, et retour au pays des rêves.

Cependant, le matin, je sens fatigué. Pas vraiment un manque de sommeil (ça serait dommage, quand même, après un zéro…), plutôt un manque d’énergie. Et j’ai pas vraiment faim non plus. M’enfin, j’avale tout de même mon quota de calories, ça va servir.

La vue 80% de la journée: la forêt.

L’avantage de ne pas marcher le premier, c’est qu’on évite en général les toiles d’araignées, tissées pendant la nuit, et la majorité des serpents. Mais quand il a plu, on peut aussi rajouter qu’il reste moins d’eau sur les broussailles trop proches du trail. Shepherd est trempé, Sunny est mouillé, je ne suis qu’un peu humide. Enfin, le temps que la chaleur arrive, et on en sera tous au même point.

Il y a vraiment moins de fumée, ça se voit, mais ça se sent aussi. L’odeur a complètement disparu. Ou je m’y suis habitué, au choix. Et en même temps, je ne pense pas qu’il faille trop compter sur mon odorat: je ne sens pas ma propre odeur, qui doit pourtant être particulièrement… remarquable, au premier sens du terme.

Je commence à bien comprendre pourquoi il est plus facile de faire de longues distances dans cette zone. Les montées sont moins longues et moins raides. On sent vraiment que le sentier s’est aplani.

On arrive à un point d’eau vers midi, on a déjà fait 17 miles. La pause va faire du bien, et aucun moustique en vue. Parfait.

Cependant, on ne va pas s’attarder: on entend l’orage approcher. Et comme.on voit des nuages arriver droit sur nous, je prépare le sac pour la pluie.

Je vais finir trempé. Non, pas par la pluie. Comme la dernière fois, juste de grosses gouttes éparses de temps en temps. Je traverse tout de même des endroits où il est clairement tombé beaucoup plus d’eau. Visiblement, on passe entre les averses. Par contre, la température est toujours élevée. Ça fait une sorte de chaleur humide. Et je suis rapidement trempé, mais de sueur…

On arrive au campement, et cette fois on remarque assez vite qu’on a pas le soutien des chauves-souris. Je vais terminer mon repas sous la tente, pour être plus tranquille.

J111 (du mile 1755 au mile 1785)

3 août

Ce matin, on retrouve une tête connue: on dépasse Smiley, et Possibly, avec qui il marchait ces derniers jours. Ils ont formé un nouveau groupe avec couple, comment dire… ils n’ont pas lésiné sur leur budget matériel, ils ont pris du haut de gamme, et pour plus de confort, ils ont même des chaises. Pliables et légères, mais quand même… Du coup, on les appelle Rolls et Royce.

Rolls
Royce
Possibly

Avec les changements de population sur le trail, dûs à tous ceux qui sont partis ailleurs et ceux qui arrivent de derrière, il y a des changements dans les groupes.

On aborde Brown Mountain. Non, cette montagne n’est pas non plus marron. Et c’est pas la peine de me regarder comme ça, je ne sais pas non plus pourquoi ce nom…

Non, la spécificité de cette montagne, c’est surtout les rochers. D’origine volcanique, si vous vous posez la question. Des versants de cette montagne en sont recouverts. Ce qui donne des paysages un peu étrange…

Au loin, Mount McLoughlin. On va passer à son pied, mais à cause des arbres, on ne le verra pas.

Le repas de midi est prévu au bord d’une rivière, premier point d’eau après 12 miles. Et le prochain est à 14 miles, pour le campement de ce soir. On y retrouve, ce midi, comme ce soir, le groupe de Smiley. Le midi, on voit aussi passer Jack Rabbit, le Canadien avec qui on était chez Sailor. C’est son anniversaire aujourd’hui, et il tente un 24h challenge. Le principe est simple: marcher la plus grande distance possible en 24h. Il vise les 70 miles. Il est fou…

On constate clairement un retour en force du général moustique et de ses troupes.

Je m’aperçois que j’ai perdu ma brosse à dents, et le dentifrice qui était avec. J’espère que je vais en trouver à la boutique de Crater Lake. Mais du coup, en attendant, je n’ai pas trop de solution…

J112 (du mile 1785 au mile 1812)

4 août

Aujourd’hui, on va passer la journée avec le groupe de Smiley. On discute beaucoup, l’avantage de ne pas avoir trop de dénivelés, comme ici, c’est qu’on peut se le permettre, sans finir essoufflés. Même en pleine montée.

Encore 14 miles pour le prochain point d’eau, on y fera notre pause de midi. Mais le prochain est pire: on passe à 20 miles. Il sera à Crater Lake, demain. Le sac à dos est lourd. Heureusement, on fait plus de pauses: pas besoin de se dépêcher de trop, sinon on sera au magasin avant son ouverture demain.

C’est la pause…

Pas mal de montées aujourd’hui, mais ça reste tranquille. Et le paysage vaut le coup d’oeil. Enfin, jusqu’à la zone brûlée. Ça faisait longtemps, hein?

À un moment, au dessus de moi j’entend un craquement, et je comprend qu’une branche est entrain de me tomber dessus. J’évite de lever la tête pour regarder, la goutte d’eau l’autre jour m’a suffit, je ne tiens pas à prendre une branche dans l’oeil. Je mets juste mes bras en croix, au dessus de ma tête, et je continue à avancer. Choix judicieux, la branche tombe juste derrière moi. Enfin bon, voilà que je me fais attaquer par des arbres, maintenant…

Petits morceaux de bois et caillou rajoutés ensuite, Smiley arrive bientôt. Un smiley pour Smiley

Vis-à-vis du Windigo Fire, qui est notre prochaine fermeture, après Crater Lake, on se demande tout de même si on a pas moyen de le contourner. À priori, par la droite, ça paraît compliqué: aucune route ou chemin de visible sur nos cartes, et les dénivelés ont l’air vraiment importants. Alors qu’à gauche, on repère rapidement plusieurs routes de forêt qui nous permettraient de contourner, en sécurité, ce feu problématique.

Mise à jour de la carte des feux.

Comme je le disais à l’instant, passer à droite du feu paraît vraiment être une piste intéressante. Ne reste qu’à trouver une route, et verifier qu’on peut y trouver de l’eau.

Pour ce soir, on trouve un emplacement avec pas trop d’arbres morts, et on s’installe. Par contre, Sunny est devant. Bah, je suppose qu’on le verra demain à Crater Lake.

Possibly, Smiley, Rolls, Royce, Shepherd.

J113 (du mile 1812 à Crater Lake, puis au mile 1839 via chemin alternatif)

5 août

Les troupes du général ont été vraiment pénibles, ce matin.

C’était à peu près tranquille sur le campement. Pas besoin de DEET, à priori. Et après, une fois que j’ai commencé à marcher, c’était trop tard. J’ai avance aussi rapidement que possible jusqu’à arriver à Crater Lake, pour éviter qu’ils ne se posent. Ça n’a pas été suffisant. Par exemple, à un moment, j’en ai un qui se pose sur ma jambe gauche. Je l’ai senti, je le vois. Donc je l’écrase. Mais rien que ça, j’ai déjà ralenti, et j’en vois deux se poser sur mon autre jambe. Que j’écrase à leur tour. Et deux autres sur la première jambe, plus un qui vole autour de mon oreille… GRAAAAHH!

On arrive enfin au bord de la route, que l’on suit, jusqu’à Mazama Village, un grand camping situé au pied de Crater Lake. On y trouve un restaurant, mais il n’ouvre qu’à 11h. Dommage… On passe alors à la boutique, qui elle est ouverte. On y récupère notre colis, et on achète chacun un soda et un pot de glace. Ça sera notre second petit-déjeuner du jour. Des prises électriques sont placées à l’extérieur de la boutique pour nous permettre de recharger le matériel. Il y a un coin à l’ombre pas loin. Bref, on s’installe.

On trouve un ranger, à qui l’on peut poser nos questions sur notre projet de contournement du feu. Mais il douche tous nos espoirs: la zone à droite est aussi fermée. La fumée part vers la droite, puisque le vent souffle dans cette direction, ça serait donc difficilement respirable, et au vu de la force du vent, il est possible que des départs de feu se déclenchent dans cette zone. Il y a de toute façon habituellement peu d’eau dans ce secteur, et aussi tard dans la saison, peu de chance qu’il en reste.

Bon, ben… On va donc se contenter de sagement contourner la zone en stop.

Ce qui est assez drôle, en fait: on nous conseille officiellement le stop, alors que c’est interdit dans l’état d’Oregon…

Le ranger nous donne tout de même un conseil: attendre l’après-midi pour monter vers Crater Lake, il y a pour l’instant un peu trop de fumée, mais ça devrait se lever plus tard. Conseil qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. On va donc attendre un peu, surtout que le restaurant ne va plus tarder à ouvrir. Et puis… oui, c’est ça: on dirait bien qu’il est justement l’heure de manger une pizza. Non?

Petit détail: techniquement, Crater Lake n’est pas sur le PCT. C’est un chemin alternatif, le Rim Trail. Je pense honnêtement que PERSONNE ne passe par le PCT, qui contourne Crater Lake, à cet endroit. Par contre, le camping est interdit sur l’autre chemin. Il faut un permis, etc…

Je croise Jack Rabbit, il a réussi son défi de 70 miles en 24h. Mais il s’est blessé sur la fin, il a une cheville enflée. Pas bon signe pour la suite.

On grimpe dans l’après-midi, à l’ombre des sapins. Le plan, c’est de traîner là haut, sur le Rim Trail, de manger, de prendre quelques photos au soleil couchant, avant de descendre vers le premier campement autorisé. Et effectivement, la fumée s’est dissipée.

Un bon petit coin pour une pause repas, non?

Le moment wikipédia du jour: Crater Lake est un ancien volcan, rempli uniquement d’eau de pluie et de neige. Près de 600m de profondeur. C’est la combinaison de cette profondeur et d’absence d’eau de ruissellement qui lui donne sa couleur très bleue. L’île, dite Wizard Island, est en fait un autre volcan, plus petit, qui a « poussé » à l’intérieur.

Non, ce ne sont pas des nuages bas que vous voyez au fond. La montagne de droite, c’est Mount Thielsen. En théorie, le PCT passe à sa gauche…
Le Rim Trail offre lui aussi des vues sympas
En route pour aller dormir

J114 (du mile 1839 au mile 1848)

6 août

Lever 5h30. L’objectif du jour: arriver au bord de la route, à 9 miles, faire illégalement du stop, puisque c’est interdit, jusqu’à Chemult dans un premier temps, puis encore du stop jusqu’à Odell Lake, d’où on peut reprendre le trail. Et sans traîner: au nord du lac, et à l’ouest du PCT, un autre feu (Cedar Creek) prend de l’ampleur. La PCTA a prévenu que le trail pourrait être fermé prochainement sur cette section…

Trail fermé après Crater Lake

7 commentaires sur “Hikers dans la brume”

  1. ben dis donc , ça craint tous ces feux ! j espere que vous pourrez poursuivre votre chemin sans trop de soucis ! toujours aussi interressant ton blog ! ( je suis fan ) j aurai le plaisir de voir Celine et les enfants dans 2 semaines , c est sur on parlera de toi !
    a bientot de lire la suite , bisous tata

  2. Pénible de rater du vrai chemin du PCT mais sécurité avant tout.

    Tu dois avoir le sang trop sucré ? C’est ça qui attire les moustiques. Faudrait que tu trouves un hier qui les attirent davantage 😉

    Magnifiques photos encore, bravo et merci pour le récit. 👍

    Force et courage 💪
    Bises de loin… à cause de l’odeur 😄

  3. Bonjour Emilien toujours aussi passionnant de te lire ! Malheureusement toi aussi tu es confronté à tous ces incendies… En France aussi ils se multiplient …bon courage à toi

  4. Cc,

    je vais dire comme beaucoup de personnes présentes sur ton site :
    Crater Lake est sublime vraiment 🙂
    J’espère que tu pourras continuer ton chemin sans trop de problèmes !
    Moi ca y est je ne peux plus me passer de tes histoires toutes les unes comme les autres épatantes et avec ta touche
    d humour que je te connais !
    Bon courage les gars !!!!
    A très bientôt

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