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On s’approche un peu trop près d’un trou noir.

De White Pass à Snoqualmie Pass

J134 (de White Pass, mile 2296, au mile 2303)

26 août

On reste un bon moment à White Pass, à la station service, nommée le Kracker Barrel. On y mange, évidement. J’attend d’avoir accès à la machine à laver, mais je ne suis pas le seul, et il y a une petite liste d’attente. Pas grave, ça me laisse le temps d’aller prendre une douche, cette fois…

Mauvaise nouvelle: mon sac hermétique n’a pas encore été livré, mais c’est prévu pour aujourd’hui. Il arrivera début d’après-midi. Peut-être. Impossible de partir sans, de toute façon: de la pluie est prévue prochainement.

Le colis finit par arriver. On est donc prêts à partir, il est 13h30.

On part, moi, Shepherd, Jukebox et Yoshida, il est 16h15. On a encore joué à « on devrait y aller », comme à Timberline Lodge, mais avec une nouvelle option: « ah ben nan, pas maintenant, je viens juste d’acheter une part de pizza / une boisson / un snack ».

Dans l’étape qui vient, on va jouer à cache-cache avec le norovirus. Il apparaît qu’environ 80% des hikers passés juste avant nous arrivent malades à Snoqualmie Pass. Les symptômes sont simples à reconnaître: c’est une sorte de gastro carabinée. Et ça passe à travers mon filtre, à priori… Donc on va éviter de boire de l’eau des lacs et prioriser l’eau courante, qui a moins de chance d’être contaminée. Et ajouter des gouttes de micropur si j’ai un doute, mais il ne m’en reste qu’un peu. Pas assez pour tout traiter. Donc…

2300 miles

On traverse une zone avec beaucoup de lacs. Ils ont été récemment bien approvisionnés par la fonte des neiges, encore récente. Il y a donc de l’eau partout. C’est le général moustique qui est content…

Mauvaise nouvelle: je n’avais pas vraiment forcé ce matin, mais la, on monte. Et puisque je respire un peu plus profondément, je m’aperçois que j’ai une côte un peu douloureuse, côté gauche. Sans doute une conséquence de ma chute d’hier.

Juste avant le campement, on croise Burrita. On ne l’avait pas revue depuis la Sierra. On va passer la soirée au campement tous les cinq, au bord d’un lac, à discuter. Principalement, de nourriture.

Les nuages descendent sur le lac, ça crée une ambiance lugubre. Yoshida fait une blague sur d’éventuels fantômes. Ce qui est drôle, c’est que pendant la nuit, j’entend des bruits. Je pense que c’est un cerf qui vient boire au lac, près des tentes.

Vue depuis le campement. Avant la brume
Avec la brume…

J135 (du mile 2303 au mile 2327)

27 août

Un peu de pluie pendant la nuit. Ce matin, les nuages sont bas. Très bas, même, puisqu’on est à l’intérieur. Exactement ce que je voulais éviter il y a deux jours, à Knife Edge: aucune visibilité à plus de 200 ou 300m au maximum. La condensation se cumule sur les épines des sapins, et les gouttes ainsi formées tombent au moindre soupçon de vent. Mais techniquement, est-ce vraiment de la pluie?

Yoshida ne se lève pas maintenant, il prévoit de nous rattraper plus tard.

La condensation est suffisamment importante pour que j’aie la barbe mouillée. Entre l’humidité, la température pas très élevée (13 ou 14°C) et le petit vent qui souffle, l’impression de froid, elle, est très présente. Moi, ça va, mais les autres marchent avec leur doudoune.

En tout cas, les lacs, couverts de brume, sont sympathiques.

Le Viking quantique est de retour. Pendant près de deux heures, alors que j’ouvre la marche pour le groupe, je vais suivre mes propres empreintes. Elles vont me guider en cas de doute aux intersections. C’est un peu perturbant. One Shot, un allemand qui porte aussi des Merrell, me précède d’environ 10 à 15 minutes.

D’ailleurs, on a une théorie sur les allemands. On pense qu’ils ont laissé une douzaine d’allemands en Allemagne, et que tous les autres sont venus ici, marcher sur le PCT. Leur nombre est vraiment impressionnant. Quelqu’un pourrait vérifier, SVP?

Un « pont » pour la traversée de la rivière, on n’en avait plus vu comme ça depuis la Sierra

Si je vous dis que le mont Rainier est tellement beau que je n’ai pas pris de photo, c’est crédible? Si oui, je peux aussi ajouter qu’on a pris notre repas de midi sur un superbe spot avec vue…

Jukebox et Shepherd
Je crois que le Mt Rainier est dans le cadre, mais difficile d’en être certain…

Par contre, on a perdu Burrita, elle a dû s’arrêter manger avant, et Yoshida ne nous a pas rattrappé.

On fini par descendre en dessous des nuages

Ensuite, on se rapproche de plus en plus d’un trailhead. On s’en rend compte facilement, au vu du nombre croissant de day hikers.

Et en arrivant au trailhead… Trail magic!

On a de quoi se confectionner des petits burgers à la dinde avec des légumes et des sauces maison, excellentes. Et des boissons fraiches, et des snacks.

C’est quand même un truc de fou: il existe donc des gens sont prêts à faire plus de deux heures de route pour le plaisir d’aller nourrir des hikers affamés, sales et puants.

Au loin, très en hauteur, on aperçoit deux mountain goats. En fait, elles sont tellement loin qu’on voit surtout deux points blancs, qui se déplacent de temps en temps. Impossible de les prendre en photo. Et ça vaut peut-être mieux, ces bestioles peuvent se montrer assez agressives. Juste pour vous montrer les bestioles en question, photo de wikipédia:

On repart, mais on s’arrête au lac juste après. Étant vraiment proche du trailhead, il est plein de day hikers. Vraiment. Et le temps qu’on plante nos tentes, Yoshida repasse devant sans nous voir.

Le lac près duquel on campe.

Et en fait, le bord du lac, ce n’était pas un bon plan. Le vent accélère, et on a une petite tempête qui commence. On n’est pas bien abrités. Le sable vole, et entre dans la tente, en passant sous la toile extérieure. Je m’endors en me cachant sous mon duvet.

J136 (du mile 2327 au mile 2353)

28 août

Ce matin, il fait encore froid, et il y a de la poussière et du sable partout. Dans la tente, sur toutes mes affaires… Le soleil se lève, et il est le bienvenu.

Les nuages sont dans la vallée à côté.

Au premier point d’eau, on fait le point. On a fait 8 miles en près de 4 heures. Ce qui nous fait rire: on est vraiment lents.

On va donc décider du lieu du prochain repas : encore 8 miles, mais que l’on va cette fois parcourir en 2 heures et 15 minutes. On ne rigole pas avec les repas.

Nuage, soleil et sapin. Une combinaison intéressante.
Mt Rainier

Ensuite, c’est le retour dans la forêt.

Juste avant d’arriver au campement prévu, je chute. Oui, encore. Je finis à nouveau à plat ventre, le nez dans la poussière. Et à priori, ma côte déjà douloureuse n’a pas apprécié, c’est surtout le côté gauche qui a pris.

Je pense que c’est lié à la fatigue, qui commence à s’accumuler. Pas bon signe, il va falloir que je redouble de vigilance.

Au campement, on voit arriver Yoshida, puis Burrita.

Il reste 40 miles jusqu’à Snoqualmie Pass. On se dit que demain, on peut le faire, c’est le jour où jamais. Après, les dénivelés vont être trop importants. Mais il faudrait se lever tôt, et on sait tous très bien que non, on ne va pas se lever plus tôt.

Disons qu’en ce moment, le matin, on est tous réveillés, mais que personne ne bouge. Parce que le premier qui fait du bruit, donc le plus motivé, incite les autres à s’activer, histoire de ne pas être celui que tout le monde attend. Mais tant que personne ne bouge…

J137 (du mile 2353 au mile 2372)

29 août

Effectivement, ma côte est bien douloureuse, et m’a dérangé pendant la nuit, quand je changeais de position. Pour être plus tranquille pendant la journée, je vais prendre un ibuprofène ce matin.

Myrtilles!
Sur certains logos effacés, certains ont laissé des petits mots. Parfois des encouragements, parfois des blagues… J’aime bien celui-là: « Don’t eat the SOBOs (les PCT hikers qui vont dans l’autre sens, vers le sud)! » Et un autre qui a répondu: « Why not? »

Je m’amuse un peu avec l’appareil photo et les jeux d’ombre et de lumière proposés par la forêt. Aucun post-traitement, juste le capteur de l’appareil qui essaie de s’adapter aux conditions de lumière.

(encore un bébé cannibale…)

Ensuite, moi, Shepherd et Juke-box, on est tombés dans ce qu’on appelle ici un « vortex », ou parfois un « trou noir ».

Pour commencer, vous pouvez oublier ce que j’ai dit sur le trail magic en Washington. Ça semble se développer rapidement.

Ici, on tombe d’abord sur des panneaux, sur le trail, qui annoncent un trail magic dans 3 miles. Donc dans environ une heure. Le temps de bien imaginer ce qui peut nous attendre… Et en principe, s’ils ont pris la peine de faire des panneaux, on peut s’attendre à quelque-chose d’important.

3,3 miles
On y est presque

On arrive vers 12h45. Hot dogs, chili, bières bien fraiches. L’ambiance est bonne, on se régale et on remercie chaleureusement nos trails angels. L’un d’eux annonce: la nourriture disponible pour les hikers a bien diminué, je vais faire du poulet teriyaki sur le barbecue, si ça vous tente. Évidement, que ça nous tente.

Jukebox et nos Trail Angels
Oui, j’ai des traces de poussière de ma dernière chute sur le visage. Mais je ne le savais pas.

Yoshida, arrivé peu après nous, fait preuve d’une volonté de fer: il repart maintenant. Nous, nous sommes faibles…

On croise d’autres hikers. Des SOBOS, bien sûr, mais aussi d’autres NOBOS, tels que Week-end, un Israélien vraiment sympa, ou Miso, une allemande que Jukebox connaît bien.

Après le poulet, un autre a préparé un plat à base de chips, purée de haricots rouges et légumes épicés. Au moment où l’on envisage de repartir, puisqu’il est déjà 16h, on nous dit que pour ce soir, donc dans 2 heures, ils vont préparer des margaritas et des burritos pour tout le monde.

Vous commencez à le voir, le vortex? Ce n’est que le début. On reste donc, on n’est pas vraiment pressés. Même si on dit toujours, sur le ton de l’humour, qu’il nous reste encore pas mal de miles à faire avant les 40 du jour… Pour patienter, vin et chips. Puis, pour accompagner les margaritas, piments grillés et salés. Un régal. Les burritos qui vont suivre sont excellents aussi.

On a vraiment bien mangé, bien bu, on pense à repartir. Mais c’est dommage, le café et le petit déjeuner va être préparé à partir de 6h, demain matin. Et il y a de la place pour dormir ici-même…

Et là, vous le voyez, le champ d’attraction du trou noir? On est en plein dedans. Et comme en physique, si on se laisse happer, il faut beaucoup plus d’énergie pour en sortir que pour y entrer… Mais si on ne se décide pas, on sera encore là demain.

On repart!

Le prochain campement? 0,4 miles. Trop proche, on risque d’être tentés de revenir demain matin. Le suivant, 3,5 miles. Parfait.

J138 (du mile 2372 à Snoqualmie Pass, mile 2394)

30 août

Pas de pression aujourd’hui. Seulement 22 miles à faire pour arriver en « ville », où l’on a prévu de ravitailler et de passer la nuit. Je vais donc y aller tranquillement, on va essayer de ne pas tomber aujourd’hui, ça serait bien.

Comme on descend, globalement, vers la « ville », on reste sous la limite des arbres, et on retrouve l’effet « tunnel vert » avec, heureusement, de temps en temps, quelques trouées.

Premier point d’eau du jour (qui ne provient pas d’un lac)
Lac vers midi. Je ne me baigne pas, l’eau n’est en fait pas très nette. Et puis, étant donné la situation sanitaire…
La « ville » de Snoqualmie Pass. Un col routier, et une petite station de ski

3 commentaires sur “On s’approche un peu trop près d’un trou noir.”

  1. Va falloir faire gaffe en rentrant à propos de la nourriture. Bon courage !
    Tu as les jambes limite maigres sur une photo !! 😀

    Vigilance pour finir entier !

    Profite des derniers jours !!

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