De Stehekin à la « fin », et un peu plus...
(Publié assez tard pour faire la surprise de mon retour à mes enfants. Désolé…)
J148 (zéro à Stehekin, mile 2573)
9 septembre

Stehekin, c’est vraiment très petit, mais c’est un endroit très sympa. On va faire un zéro ici. Notre dernier zéro sur le trail.

Pour le petit déjeuner, on va à la boulangerie. Mais attention, ce n’est pas n’importe quelle boulangerie. Elle fait partie des endroits à ne surtout pas rater sur le PCT. Le trajet pour s’y rendre est sympa, mais la boulangerie, elle, est excellente. Les pâtisseries sont vraiment bonnes, on se régale.




Ensuite, on va chercher des informations auprès du ranger local. Nos derniers plans tombent à l’eau. Y compris la dernière idée: suivre le PCT jusqu’au PNT (Pacific Northwest Trail), suivre ce dernier vers l’ouest, puis après un petit détour vers la frontière du Canada, retrouver la route la plus proche. Mais le PNT est maintenant aussi fermé.
On récupère aussi nos colis de nourriture, pour notre dernier ravitaillement. On avait prévu de quoi aller jusqu’à la fin, bien évidement. On aura donc beaucoup trop. La hiker box déborde.
Stehekin est sensé être plein de hikers joyeux d’être proche de la fin, et qui font la fête. Cette année, tout le monde est, au mieux, maussade.
Une bonne partie des hikers abandonnent ici, ils prennent le ferry, puis feront du stop au bord d’une route très passante. C’est la solution la plus facile pour aller à Seattle. Et le ferry affiche complet au départ pour aujourd’hui et demain, c’est vous dire. Adieu, compagnons de route éphémères…
Je ne vois ai pas trop parlé de ce que j’appelle l’effet de communauté du PCT. Tous les hikers dans votre bulle, que vous croisez de temps en temps, voire régulièrement, vivent la même chose que vous. Les mêmes épreuves, les mêmes conditions de terrain et de météo, les mêmes joies et les mêmes problèmes.
Vous trouvez un col superbe? Eux aussi. Il fait trop chaud? Pareil. Trop de blow downs dans ce secteur? Ouep, c’est pénible. Et cetera…
La pente parfois difficile, la fraîcheur à l’ombre des arbres, le bruit que fait le serpent à sonnette que l’on a dérangé, le lac bien frais pendant une pause, le manque évident de douches, le plaisir de croiser des hikers parfois pas vus depuis un moment, la diversité des animaux rencontrés, les douleurs récurrentes dans les genoux et les pieds, la beauté des levers et des couchers de soleil, les rencontres avec d’autres hikers, les nuages de moustiques qui vous attendent de pied ferme, le mouvement imprévu du tronc d’arbre sur lequel on traverse la rivière, la palette intense de couleurs que nous offre la nature, la joie d’aller manger en ville, la pointe d’inquiétude qui naît quand vous apercevez un névé bien en pente mais qu’il vous faut traverser, les cris des écureuils qui se plaignent qu’on passe devant leurs arbres, la fraîcheur de certains matins, les moments de partage et de complicité sur le trail avec ses compagnons de route, les cris d’alarme des marmottes et des pikes, l’odeur des fleurs sur les collines ou de résine dans les forêts de sapins des vallées, la sensation d’épuisement infini ressenti dans tout son corp à la fin d’une grosse journée, la solitude face à la montagne imposante, le Trail Magic inespéré, le cerf qui détale soudainement alors qu’on ne l’avait pas vu, le poids du sac bien trop lourd quand le prochain point d’eau est définitivement trop loin, la sensation du vent sur son visage, la joie d’être enfin au somment de ce col trop haut, le sentiment d’être tout petit devant une magnifique nuit étoilée, les courbatures en sortant de la tente le matin, le son de l’eau qui s’écoule quand on arrive enfin au point d’eau, l’absolue majesté de certains paysages…
Le PCT.
On partage avec les autres hikers toutes ces émotions, on se sent proches les uns des autres. Et moi qui ai, vous le savez, un passif de grand timide, je suis donc assez sensible à ça: j’ai rapidement remarqué qu’il ne m’a jamais été aussi facile d’aborder et de discuter, parfois une heure ou deux, avec de parfaits inconnus. Parce que ce sont d’autres PCT hikers. Parfois, même, pas besoin d’ouvrir la bouche pour communiquer. Un regard. Parois un geste. Et c’est suffisant.
Donc quand on voit des hikers, des copains, avec qui on a partagé toutes ces émotions, qui abandonnent par dizaine, ça n’est pas forcément très agréable. Mais on les comprend. Leur point de vue, pour résumer, c’est « Pour quoi faire? Pourquoi s’infliger ça, devoir continuer à fournir autant d’efforts alors qu’on ne pourra de toute façon pas aller au bout? ».
Moi, j’ai ma réponse. Pour continuer de vivre ce chemin, encore un peu. Même avec des conditions dégradées, ça reste une magnifique aventure. Même pour le peu qui me reste à parcourir, ça vaut le coup. Donc je continue.
Je crois que j’ai enfin compris pourquoi la fin était si importante. Le problème, en soit, ce n’est pas les derniers miles, même si c’est sensé être une très jolie section. C’est vraiment l’arrivée. Le monument.
On s’est tous demandés, depuis le premier jour, « suis-je vraiment capable d’aller jusque là bas? » Cette question a été récurrente. Pour tous. Quotidienne, au début, en Californie du Sud. On a commencé à se dire que, peut-être, c’était possible, en général après la Sierra. On a commencé à y vraiment y croire après le mid-point. On était persuadés que c’était presque gagné en entrant dans Washington. Mais pour ceux dans ma bulle, les dés étaient pipés.
L’acceptation fait partie des grandes leçons que nous enseigne le PCT. It is what it is. Cette dernière épreuve est terrible et cruelle, mais c’est ainsi. On doit faire avec.
Pour ce soir, on a réservé un dîner au ranch, on va donc pouvoir avoir notre dernier « repas de ville » du PCT. Town food! Et à cet endroit, on trouve du wifi. Très lent, trop pour mettre à jour le blog, mais suffisant pour partir à la pêche aux informations.

Le PCT était donc ouvert jusqu’à Holman Pass. Mais maintenant, la zone fermée s’est agrandie. Le trail est fermé à Windy Pass, 7 miles après Hart’s Pass, qui sera notre sortie, même si la route est en travaux de réparation: les ouvriers font une pause le midi, et ne travaillent évidement pas la nuit, on peut donc passer à ces moments.
On profite encore un peu d’internet avant de repartir au trailhead à pied, de nuit. On va y camper, pour être prêts à repartir demain matin. Le ciel s’est éclairci en début de soirée, on espère juste que ce sera aussi dégagé demain, et pour la suite du trajet.
On y retrouve le ranger, celui qu’on a vu plus tôt. Il nous indique où trouver le campement, un peu caché, et nous invite à venir prendre un café avant de partir, demain matin. Cool.
J149 (de Stehekin, mile 2573, au mile 2597)
10 septembre

Comme prévu, au réveil, on range nos affaires, et on va prendre le café chez le ranger, dans sa cabane. On avait gardé des pâtisseries de la super boulangerie pour le petit déjeuner, qu’on partagera avec lui. On se demande si ça sera notre dernier trail magic. Moment très sympa, on va y rester une bonne heure et demi. Mais bon, il a du travail, et nous, si on veut avancer un peu, il faut bien y aller. Merci pour l’accueil!

Il n’y a que peu de fumée sur le trail, merci au vent qui nous aide beaucoup en soufflant dans la bonne direction.

Au bout d’environ une heure, Miso s’arrête rapidement, nous dit de continuer, elle cherche juste un truc dans son sac. Elle reste donc un peu en arrière.
On continue donc. Et comme c’est la plus rapide d’entre nous, on ne s’inquiète pas trop. Du moins, au début. Parce que le temps passe, mais elle ne nous rattrape pas, malgré le fait que l’on ait ralenti notre rythme de marche. Comme on est presque à sec, on décide alors de s’arrêter au prochain point d’eau pour l’attendre.
On stoppe donc peu après. On ravitaille en eau, on grignote et on attend.
Pas de Miso.
Je commence à trouver le temps long, et Jukebox commence à s’inquiéter. Je propose donc de laisser nos sacs à dos et, ainsi allégés, courir un peu en arrière, pour essayer de la retrouver. Proposition acceptée, on court pendant plusieurs minutes en l’appelant, mais aucune trace d’elle.
On arrive alors à l’intersection qui va s’avérer problématique.
On s’arrête, je regarde ma carte: si elle n’a pas fait attention, elle a peut-être pris l’autre chemin. Ça nous est tous arrivé, de louper un croisement. Et l’autre chemin… ramène sur le PCT, mais après l’endroit où on l’a attendue. Oups.
Donc maintenant, Miso pourrait en fait aussi bien être devant que derrière nous. Et elle a malheureusement des chaussures trop communes pour tirer des conclusions des traces que l’on voit sur le chemin.
Bon… On retourne à nos sacs, en échafaudant diverses hypothèses. Les principales: elle est peut-être devant, et accélère pour nous retrouver. Elle a peut-être oublié un truc chez le ranger, voire à Stehekin, et est retournée le chercher. Donc elle serait encore plus loin derrière.
On repart donc. On a perdu une bonne demi-heure à cet endroit, si elle est devant, on va avoir du mal à la rattrapper. Mais on avait de toute façon prévu de décider à Rainy Pass si on continuait ou pas, on y arrivera en fin de journée, et dans le pire des cas on la retrouvera là bas.
On croise alors deux autres randonneurs, visiblement des day hikers, qui vont en sens inverse. On leur demande donc s’ils ont vu passer Miso, mais ça ne leur dit rien. Mais ils ont démarré leur journée pas loin d’ici, elle est peut être passée avant. Bon…
Plus loin, deux autres randonneurs. L’un d’entre eux se souvient en effet d’avoir vu passer une blonde qui marche seule. Ah! Mais pas sûr que la description corresponde exactement, et elle aurait bien une heure d’avance…
Au final, on va vraiment croiser plein de gens, ce matin là. A chaque fois, on pose la question et à chaque fois on a des réponses plus ou moins précises, difficile de se faire une idée. Oui, une blonde avec un accent, il y a bien 20 minutes. Oui, une allemande blonde avec un gros Garmin sur l’épaule, il y a une heure et demi. Mais plus la description est précise, plus on a aussi des détails qui semblent ne pas coller, du style couleur de vêtements incorrecte. Et la photo que l’on montre ne semble pas toujours convaincre nos interlocuteurs. Mais parfois, si.
Un détail me chagrine à chaque fois, mais je n’en parle pas, Jukebox est suffisamment inquiète comme ça: si c’est bien Miso devant et qu’elle essaie donc de nous rattraper, elle n’a pas demandé d’informations sur nous à ceux qu’on a croisé, comme on le fait. Ne serais-ce que pour évaluer notre avance. Or c’est une fille intelligente, elle aurait dû le faire. Pour moi, il doit y avoir une autre fille devant qui ressemble vaguement à Miso.
Jukebox n’est pas encore en mode panique totale, mais je pense que c’est uniquement grâce à moi: je tente de la rassurer, de détourner la conversation sur autre chose, pour qu’elle arrête de se faire un sang d’encre. C’est sûrement rien de bien grave, un truc banal, et cette situation, on en rira plus tard, tu verras.
Vers 13h, on s’arrête pour manger à un campement repéré sur la carte et vaguement évoqué avec Miso le matin. Au cas où elle s’en souviendrait. Mais c’est un peu en dehors du trail. Du coup, si elle est derrière, elle pourrait passer sans nous voir. J’écris donc, avec des branches, le nom de Miso sur le sol, et une flèche, pour indiquer où on est. Au cas où. Ça fait environ quatre heures qu’on l’a perdue de vue. Et quatres heures, ça commence à faire long.

Et maintenant, la version de Miso. Elle s’arrête effectivement une ou deux minutes, puis repart. Elle ne nous voit plus, à cause des arbres, mais on est juste devant.
Peu après, elle croise une fille SOBO, que de notre côté on a simplement saluée, mais que Miso a déjà rencontrée. La discussion s’engage, et la fille en question a visiblement des problèmes personnels et besoin d’en parler. Miso va donc rester avec elle environ une heure.
Ensuite, elle s’excuse, mais doit y aller, elle veut nous rattrapper.
Après un moment, elle croise deux randonneurs, qui l’abordent pour lui demander si elle est bien Miso. Ses deux compagnons la cherchent. Étrange, pourquoi demander à des gens allant en sens inverse de ses nouvelles alors qu’elle est derrière?
Puis, deux autres randonneurs, et même scénario. Idem avec le groupe suivant, en plus alarmant: vous allez bien? Il ne vous est rien arrivé? Vous êtes sûre? Vos amis sont très inquiets.
C’est là que Miso comprend ce qui se passe: « Oh mon dieu, Jukebox est en train de paniquer! »
Donc elle accélère, il ne manquerait plus que Jukebox finisse par déclancher sa balise de secours pour lancer une équipe de recherche. Le problème, c’est qu’elle est sans cesse arrêtée par tous les randonneurs qu’elle croise, qui lui demandent si tout va bien, et ça lui fait perdre un temps de fou…
Jusqu’à ce qu’elle remarque, écrit sur le sol, son nom, et une flèche qui lui donne la direction.
Retrouvailles et, comme prévu, éclats de rire.

L’après-midi sera beaucoup plus calme.
On va tout de même croiser… un photographe. Son projet, c’est de photographier les hikers. Il nous demande si c’est possible. Seule contrainte, il préfère qu’on aie une tête sérieuse, pas de sourires.
Ses photos sont ensuite mises à disposition sur un lien Google Drive de son site: https://milesformoments.com/. Je vous laisse le fouiller, vous finirez bien par trouver d’autres photos, notamment de moi. Petit conseil: une fois sur le drive, trier les photos par date de dernière modification, vous nous trouverez plus facilement.





Et on arrive à Rainy Pass. Il est 17h30, on décide de se poser tranquilement, de dîner, et de discuter de la suite. Quoi, c’est dîner à 17h30 qui vous choque? Mais on peut manger quelque soit l’heure, rassurez-vous…

On est tous d’accord pour continuer. Pour le moment, les conditions sont plutôt bonnes, étant donné les circonstances.
Le vent a changé de sens. Je garde ça pour moi, je ne tiens pas à alarmer les autres, mais c’est mauvais signe. Il va souffler la fumée dans la mauvaise direction et, d’après la météo, il va rester ainsi pour une bonne semaine…
On fait juste quelques derniers miles, pour s’approcher du col et accéder à un bon campement.
On croise des grimpeurs en sortie escalade. Ils préfèrent descendre, ils ont vu la fumée qui arrive. On avisera demain.

J150 (du mile 2596 à Hart’s Pass, mile 2623)
11 septembre
Cette nuit, c’était cowboy camping. Après tout, c’était sans doute ma dernière nuit sur le PCT, autant en profiter. Sauf que les nuages de fumée, éclairés par la lune, bouchent complètement la vue. Ciel gris toute la nuit.
Comme imaginé, au matin, la situation n’apparaît pas terrible. La fumée est plus importante qu’hier, mais c’est, pour le moment, respirable.

Pour tenter d’évaluer comment ça pourrait évoluer, on va monter jusqu’à Cutthroat Pass, à 2 miles du campement.

Bon… Pour le principe, même si on doit rebrousser chemin ensuite, ça serait dommage de ne pas aller voir le mile marker 2600, dans 2 miles. Ça va nous servir de test: si la respiration trop pénible, demi-tour. Sinon…


Dernier débat: ça a l’air jouable. On continue, jusqu’à Hart’s Pass. On pourrait techniquement aller 7 miles plus loin, à Windy Pass, mais il faudrait ensuite refaire ces 7 miles en sens inverse. L’intérêt est limité, et ça ne nous tente pas vraiment. Enfin, je ne suis encore pas trop décidé… On pourrait plutôt de terminer sur un 40 miles. Après Hart’s Pass, on descendrait en bas par la route en travaux (suite à éboulement), on finirait de nuit, pour pouvoir faire du stop dès le matin. Pas grave si les jambes et les pieds sont fatigués le lendemain, après tout… Aujourd’hui est le dernier jour sur le trail.


Ce matin, après la montée vers le col, on est surtout descendus. On passe donc sous la limite des arbres. Et dans cette forêt, Jukebox déniche deux champignons. Elle les identifie comme des porcinis, c’est à dire des cèpes de Bordeaux. Même si on est loin de Bordeaux. Je ne peux pas vous dire, je n’y connais rien, en champignons.

Après une pause de midi à l’ombre et à côté d’une rivière, qui sera donc le dernier repas avant la fin, et on entame une montée de 800m de dénivelé. La dernière grosse montée. Heureusement, la fumée a bien diminué.



Après cette montée, le paysage est plutôt dégagé, on est repassé au dessus de la limite des arbres. Le PCT serpente à partir de là entre crêtes et flancs de montagnes.






Et à force d’avancer, on y arrive: le dernier mile.
Le dernier virage.
Les derniers pas.


Dites, heu… Ça se fait, de vouloir faire la fête un 11 septembre aux Etats-Unis?
On fait évidement une séance photo devant le panneau indiquant l’endroit.
Mile 2623. La monument aurait dû être au mile 2654, soit dans 31 miles.
La ranger, très sympa, nous offre des sodas. On lui explique que non, on ne va pas rester (en plus, le camping ici est payant), mais qu’on va simplement faire une pause, manger, puis descendre la route vers la vallée.
On s’installe donc à une table, et on fait notre cuisine. Les champignons sont cuisinés simplement: huile d’olive, sel et poivre. J’ajoute ma part du premier à un déshydraté: beef pasta marinara. Le résultat est excellent.
Puis, histoire de finir mes provision, je me prépare aussi un sachet de riz à l’espagnole, qui accompagnera le second champignon. Après tout, c’est jour de fête aujourd’hui.
Et c’est là que, sans prévenir, ça c’est produit. Tout autour de moi commence à tourner.
Je dis alors alors un truc du genre: je me sens bizarre.
Là, dans ma tête, ça va très vite. Qu’est-ce qui m’arrive? C’est les champignons? M…e, les filles aussi en ont mangé. Mais non, c’est trop rapide, ça doit pas être ça. Si?
Les filles, en pensant que je parle plutôt de mon état émotionnel, me demandent de poursuivre. Mais je ne répond plus.
Le mouvement tout autour de moi s’accélère, et je perd connaissance.
Ça ne dure pas longtemps, je reviens à moi. Miso m’a allongé sur le banc, et Jukebox, un peu plus paniquée, me gifle pour que je me réveille.
Maintenant, je dois vous préciser une chose: Miso, juste avant de commencer son PCT, a terminé ses six premières années d’étude, et même si elle n’a pas encore choisi sa spécialisation, elle a acquis, en Allemagne, le titre de médecin. C’est rassurant, hein? Là, les doigts sur mon poignet, elle vérifie mon rythme.
Je lui demande si ça peut être les champignons, mais elle me confirme que non, c’est trop rapide. Et tant mieux, si on doit finir tous dans le même état, la situation ne va pas être terrible…. Elle me laisse quelques instants en compagnie de Jukebox, pour aller demander des électrolytes, et revient avec l’un des amis de la ranger, qui s’avère être un ancien médecin militaire.
Oui, on a beau être très peu nombreux à cet endroit, j’ai quand même droit à deux médecins qui vont s’occuper de moi, même s’ils n’ont pas de matériel. On aurait facilement pu trouver de pires circonstances. Rien qu’une heure plus tôt, ça aurait été bien plus galère: au milieu de nulle part, à flanc de montagne et donc difficilement déplaçable…
La ranger annonce qu’elle nous descendra au village le plus proche, de nuit si les circonstances l’exigent, mais au vu de l’état de la route, elle préférait demain, de jour.
Je reste sur le banc un long moment, puisque, dès que je tente ne serais-ce que de m’asseoir, rien ne va plus. Bon, c’est visiblement pas aujourd’hui qu’on va faire nos 40 miles…
Les filles montent ma tente, et je vais aller me coucher, soutenu par mes deux médecins. Je m’endors assez rapidement.
12 septembre et suite…
Je me sens normal, ce matin. Aucun problème à signaler. Mais bon, on va éviter de prendre des risques, on maintient l’offre de la ranger de nous descendre au village vers midi, pendant que la route sera provisoirement ouverte.
On doit donc passer la matinée sur place, au campground. Mais il pleut.
On va attendre que la pluie passe à trois dans la tente de Jukebox, à regarder un film sur un téléphone portable.

Puis on prépare nos affaires, et on descend avec la ranger. Et son chien. La route est en effet en piteux état.

C’est Shepherd et Birdy qui viendront nous récupérer au village. En effet, Birdy est américaine, et habite au nord de Seattle. Pas super loin, du point de vue des américains. Eux ont arrêté leur rando à Rainy Pass.

Ensuite, direction Seattle, où on va louer un appartement assez grand pour tout le monde.
13 septembre, on traine la journée en ville. Journée shopping, on n’a pas vraiment de vêtement adaptés à une vie « normale ». Avec mes fringues abîmées et ma coupe de cheveux… que je qualifierais d’originale, je pourrais aisément passer pour un des SDF de la ville, par ailleurs nombreux. D’ailleurs, quand les agents de sécurité des magasins vous surveillent, c’est plutôt mauvais signe, non?
On invite Spicy à venir dormir ici, elle a marché une grosse partie du PCT avec Miso. Je l’avais deja croisée, à quelques reprises. Elle va rester deux nuits.
14 septembre, Shepherd et Birdy s’en vont. Ils vont aller visiter le musée d’art, qui était fermé hier, puis vont rentrer chez Birdy. Shepherd compte y attendre la fin de son visa avant de devoir rentrer. C’est mignon, non?
C’est peut-être un peu fou, mais c’est quand il est parti que j’ai vraiment senti qu’on arrivait à la fin de quelque-chose… Bye, Shepherd…
De notre côté, on retourne se balader dans Seattle.
15 septembre, Spicy va prendre l’avion pour rentrer chez elle, et on quitte l’appartement. Direction le Canada.
On prend le bus. Le chauffeur annonce qu’il est possible de sentir, pendant le trajet, une odeur de fumée, mais c’est parce qu’il y a des feux dans la région, pas d’inquiétude à avoir. On se regarde… Ouep…
On descend au poste frontière.
Et on passe donc la frontière canadienne… à pieds!

On va passer trois jours à Vancouver. Visites, détente, repos. Tentative de réadaptation à une vie « normale », avec plein de gens autour, de l’agitation… En fait, c’est un vraiment fatiguant. On se fait la remarque que c’est peut-être même plus fatiguant qu’une bonne journée sur le PCT…
18 septembre, on commence la séquence du retour à la maison. Et ça débute par revenir à Seattle, moi et Jukebox. Miso est restée, son avion part demain de Vancouver. Je quitte ensuite Jukebox à l’arrivée à Seattle, elle va rejoindre d’autres hikers qu’elle tient à revoir avant de rentrer. Son avion n’est qu’après-demain. Moi, je me rapproche de l’aéroport, je me lève tôt demain.
19 septembre: départ pour l’aéroport.
Un premier vol à 10h20 jusqu’à New York, une escale de quatre heures, et un second vol à 22h55 jusqu’à Paris…
Arrivée prévue sur le sol français: 12h20. Ce qui correspond, sur le créneau horaire d’où je viens, à 3h20, le matin. Ça va être sympa, au début…
Ah, j’ai un dernier truc à dire, à propos des formules magiques. Oui oui, vous avez bien lu. Les hikers qui, comme moi, qui ont expérimenté ce genre de rando longue distance, sont parfois sujet à ce qu’on appelle la dépression post-trail. Il y a un contraste qui peut être brutal entre la liberté du trail et les contraintes qu’imposent la vie « normale ». Entre le calme du chemin et l’agitation des villes. Entre le moi d’avant, le moi pendant et le moi qui va venir après.
Donc si vous me voyez pas super joyeux, pas d’inquiétudes, je pense détenir au moins deux formules magiques qui devraient, si ça fonctionne bien, faire apparaître un sourire, comme par magie.
La première, c’est « C’était joli, Goat Rocks? »
La seconde, c’est « C’était bien, la traversée de John Muir Pass? »
Le pense que vous avez compris le principe, et que vous allez pouvoir en trouver plein d’autres…
Ouahouah !! Émilien champion 💪👍
Bravo !!
Je comprends ta déception de ne pas finir aux poteaux mais après tout, ce sont toutes tes journées qui comptent !
Tu nous as fait voyager avec tes textes et photos, merci !!
« Et c’était comment la vie avec les moustiques ? »
« Et comme ça, Shepherd t’a abandonné pour une fille ?! »
Hâte de te voir et avant Noël j’espère pour que tu racontes d’autres anecdotes !
Bises
A très bientôt mon beau-frère adoré !
Et merci, merci, merci de m’avoir fait voyager, rire et presque pleurer…
Bravo Emilien pour avoir réussi cette formidable aventure et merci de nous avoir fait partager ce long périple ! Nul doute que ton retour a la vie ‘normale’ va être différente de ces longs mois passés sur ce trail !!! Mais tu vas retrouver ta famille tes amis et tu vas pouvoir leur raconter toute cette aventure … A bientôt de te revoir …
Et voilà Emilien bravo tu l’as fais et très bien fait. Merci pour tout tes récits que j’ai suivi avec attention.
Te voilà maintenant plus riche qu’avant la tête remplie de magnifiques images, grandes émotions, grandes amitiés etc…. une volonté de fer
Il te reste 1 mois pour te remettre et revenir au bureau parce que faut bosser tout de même
Bravo pour cette belle aventure avec ces magnifiques photos ! Bon rassures moi, tu vas chez le coiffeur et le barbier avant de revenir nous voir ;))
Bravo Emilien pour ton courage et merci pour ton partage , tu nous as fait voyager avec toutes tes belles photos :))
Contente de te revoir prochainement
A bientôt
Bravo Emilien
Pour toi l’aventure a du être formidable, pour nous tu as su nous faire voyager et découvrir ton périple d’une manière magnifique. Tes commentaires et tes photos nous ont fait rêver.
Bon retour parmi nous et bon courage pour reprendre le boulot …
Waouhhhh !!!!!!
Fière de toi Emilien ! Bravo! Respects …….
Quelle belle et magique aventure que tu as eu la chance, de vivre, et ce jusqu’au bout !!!!!!! sans problème majeur …..
Merci merci pour ces sublimes photos, (plein de copies ;)) lol )
Merci pour tes commentaires perso j’avais l’impression d’etre à coté de toi …. lol
Ca va me manquer maintenant !
Maintenant il te faut te remettre dans la vie « normale » …. et retrouver famille et foyer !!!!
Bon retour et à très bientôt ….
Un grand MERCI Emilien pour ce beau voyage que j ai fait a travers tes yeux et tes commentaires plein d humour !
Et aussi un grand BRAVO pour ta tenacite, ton courage
C est sur ça va pas etre simple ce retour a la » vie normale » mais tout le monde sera la pour t aider , tous ceux qui t aiment
Bon retour ! gros bisous
Le choc pour nous tous :))
Ce matin on fini de lire le blog de notre champion du PCT ….et qui voit on ? Entendont ?????
Notre EmilienRobinson revenu nous faire un coucou :)))))
Bon retour Emilien …..
A dans 1 mois ;))))
Bises de nous tous
Un mot Emilien : BRAVO !
Un mot que je te dis de vive voix car tu es là en face de moi en ce moment 😉
Avec la barbe en plus…
C est sur,on aurait aime,pour toi bien sûr et un peu pour nous te voir arriver au bout du chemin .que dire de plus ?
Bravo pour tous ces bons moments que tu nous as fait partager ,parfois tu nous as inquiètes mais toujours rassurés !
Bon retour a la vie normale ,je n ose le dire ,la vie que tu t es construite ici et où tu vas vite reprendre tes habitudes en gardant plein de magnifiques images dans la tête et une force qui va te permettre d avancer .
Bravo pour tout .
Michèle
Comme dit la chanson voilà c’est fini,… et comme d’autres l’ont déjà dit ça va me manquer de lire tes aventures et de voyager un peu grâce à toi. Félicitations pour ce magnifique périple et bon courage pour ton retour à la dure réalité
Super bravo Émilien, merci de nous avoir emmené un peu avec toi à chaque miles parcouru, d’avoir partagé ton plaisir et tes épreuves, et plus que tout merci pour cette magnifique barbe qui j’en suis sûr t a bien aidé à passer les frontières ^^ Longue vie au Viking du PCT
coucou Emilien on aimerait bien avoir de tes nouvelles depuis ton retour ! j espere que c est pas trop dur ! as tu repris un rythme plus » normal » ? sommeil , alimentation ….ton blog me manque !
Bisous
bravo pour ce partage et pour ton courage, tu y as mis force tout le long ce ce trail
encore grand bravo. à la prochaine alors