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San Jacinto Wilderness

On commence les choses sérieuses.

J8 (de Warner Springs, mile 109, à Mike’s Place, mile 127)

22 avril

Comme prévu, il a plu. J’avais installé la tente à un endroit plutôt abrité du vent, pas de problème de ce côté là. Deux petites averses en début de nuit, et vers 3h du matin, de la pluie, qui a duré jusqu’au matin.

Le bruit de la pluie me berce, je dors vraiment bien. Jusqu’à… Oups, il est presque 6h. J’avais prévu de me lever de bonne heure, le programme est chargé.

Il pleut toujours, je range tout précautionneusement, de façon à ce que tout ce qui craint l’eau soit protégé, et je lève le camp. Pas de photos pour le moment, tout est bien à l’abri.

Sur le chemin, je dérange quelques lapins, et deux chipmunks.

La pluie commence à se calmer dans la matinée, et ensuite, pendant toute la journée, on a le choix: soit le soleil se montre et je suis à l’abri du vent, et dans ce cas j’ai chaud. Sinon, j’ai froid.

Au programme du jour, 18 miles, jusque chez Mike. Il habite juste à côté du PCT, et accueille volontier les hikers, il aime faire la fête, boire des bières, et prépare très souvent des pizzas maison. Cependant, certains préfèrent éviter l’endroit, pour être plus au calme.

J’avance bien, mes pieds sont mieux qu’hier, pas de nouvelles ampoules à déclarer. Et la température est plus gérable pour moi.

Je fais une grosse pause vers le mile 13, dans un endroit entouré de manzanitas, plutôt abrité du vent. Mais j’ai froid, je sors ma bâche, mon duvet, et je fais une petite sieste.

Manzanitas en fleur

Je suis encore surpris par un gros bourdonnement. Ce n’est pourtant pas la première fois que j’en croise un, mais le bruit des oiseaux-mouches me surprend toujours. Et comme d’habitude, le temps de sortir l’appareil photo, le voilà parti.

Les paysages sont plutôt sympa.

Je reprend la route, et fini par arriver vers 17h30.

C’est particulier, mais j’aime bien. Par contre, Mike n’est pas là. On est 8 à camper chez lui. Spirit, un ami de Mike, arrive, et nous offre des bières.

On est quelques à s’installer.

La nuit promet d’être froide, venteuse, et peut-être humide. Je ne fais pas long feu, et je file me coucher de bonne heure.

J9 ( du mile 127 au mile 144)

23 avril

J’ai calculé, ça devrait être OK. Je veux être au Paradise Café le lendemain. Il paraît que c’est là qu’on trouve un des meilleurs burgers de tout le PCT. Vous me connaissez, je ne vais quand même pas laisser passer l’occasion… Seulement, l’endroit sert des petits déjeuners jusqu’à 11h, ferme à 15h, et c’est à 26 miles. Il faut donc que je me rapproche assez pour être dans les temps demain.

Par contre, le seul point d’eau « sûr » est à 18.5 miles. Les autres, situés avant, sont soit à sec, soit en voie de l’être. Hum… Mieux vaut ne pas compter sur eux, tant pis si je me charge plus en eau…

La fatigue me fait dormir plus que prévu, je me lève tard…

La journée est chaude, et le terrain vallonné.

J’ai vite chaud. Mais je pense que je commence (enfin!) à m’habituer à la chaleur.

Je commence à manger un peu plus. Hier soir, sous ma couette, j’avais froid, et j’ai mis du temps à me réchauffer, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Je pense que mon corps m’indique qu’il manque de calories. Je n’ai pourtant pas vraiment faim, mais c’est peut être dû à la chaleur.

Petite pause à l’ombre, peu après midi, pour manger, et une toute petite sieste. Je me sens plutôt bien, il y a un peu de vent, ce qui diminue l’impression de chaleur. Je repars.

Hélas, le vent diminue, et ça monte, jusqu’au soir. J’avais espéré aller jusqu’au point d’eau, mais je suis vraiment trop fatigué, je m’arrête au dernier campement 2 miles avant. Il me reste assez d’eau pour la soirée, et seulement 8 miles pour aller au Paradise Cafe. Ce qui est tout à fait acceptable.

En guise d’étoiles filantes, ce soir, je vois passer un « train » de satellites Starlink. Ils les lâchent en groupe, ils se suivent tous, en file indienne, avant d’être chacun orienté différemment, un à un. Je n’ai pas compté, mais voir une trentaine de satellites qui se suivent, à intervalle régulier, c’est tout de même assez surprenant.

J10 (du mile 144 au mile 160) (+4 miles hors trail)

24 avril

Je me lève assez tard. Je ne suis pas trop pressé, je prend mon temps.

Je descend tranquillement. Quelques falaises plutôt sympa sur le trajet.

J’arrive au Paradise Cafe à 11h tout pile. J’y retrouve la majorité des hikers croisés ces derniers jours.

Je passe un agréable moment au café, personnel sympa, musique type rockabilly, bière, et nourriture à la hauteur de l’attente.

Buns, steak haché, fromage suisse (?), bacon, oignons, champignons, jalapenõs, avocat. Le tout arrosé d’une petite IPA.

Cependant, les nouvelles ne sont pas bonnes. Vous vous souvenez, quand il a plu? Là où je vais, plus en altitude, il a neigé. 15cm. J’espère que ça va fondre vite.

De plus, le trail n’a pas encore été nettoyé depuis la dernière tempête de décembre 2021, il semble y avoir près de 80 arbres tombés sur le chemin d’ici à ma prochaine étape. Et les points d’eau n’ont pas l’air simple d’accès. Bref, la suite s’annonce compliquée…

Je ne me charge pas trop, il y a une source sûre à 6 miles. Enfin, il faut quand même descendre un bon mile, recharger en eau, et remonter, mais c’est une des rares sources fiables de la zone. La prochaine est 10 miles plus loin. Hors trail, elle aussi.

Bien fraîche…

Et je grimpe. Globalement, je vais passer d’une altitude de 1500m à 1920m. En fait, je monte un peu plus de 600m de dénivelé positif, cet après midi.

J’arrive tard, la nuit tombe. Oui, il fait nuit à 20h.

Mince, je ne suis pas seul seul à avoir visé ce campement. Heureusement, je trouve une petite place. Pas le temps de monter la tente, je grignote une barre chocolatée, je sors juste la bâche de sol, matelas, duvet et bonnet, une bouteille d’eau et au lit. Demain, j’ai aussi une longue journée qui m’attend.

Photo à 20h10, depuis mon lit.

J11 (du mile 160 au mile 175)

25 avril

Réveillé de bonne heure, je me lève avec le soleil. Autant en profiter.

Cependant, mes jambes ne sont pas du même avis. Et ça monte toujours, plus que ça ne descend.

Je n’avance pas, ce matin. Ce n’est pas grave, j’ai décidé de faire l’étape en une journée de plus qu’initialement prévue. J’en profite pour prendre des photos. J’aborde une zone qui a brûlé, les arbres morts donnent une ambiance assez spéciale. Je comprend mieux le nombre annoncé d’arbres tombés en travers du chemin. La règle pour les zones brûlées, c’est « ne vous arrêtez pas ». Les arbres peuvent tomber à n’importe quel moment. Les gros troncs brûlés, dont on ne sait pas trop comment ils tiennent encore debout, sont ici surnommés les widow-makers, les faiseurs de veuves. Hors de question, donc, de camper à proximité.

Qui veut dormir en dessous?

Encore de bonne heure, je croise une autre randonneuse, elle faisait partie d’un petit groupe avec qui on avait pas mal discuté sur un campement. Elle porte un coupe-vent, une polaire et un tee-shirt. Moi, j’ai simplement mon tee shirt merinos, ce qui la surprend. C’est vrai, le vent est un peu frais. Mais bon, je gère en général plutôt bien les climats frais. Elle se souviens que je suis né en Normandie, et me donne donc mon trail name: Viking.

(Pour les jeunes qui n’ont pas encore appris cette partie de l’histoire française, la Normandie a autrefois été offerte aux Vikings contre l’arrêt de leurs attaques sur les territoires de France.)

Ça fait partie de la culture de la grande randonnée ici, les gens se donnent des surnoms, qui vont rester pendant tout le trajet. Ils sont souvent basés sur des anecdotes.

Par exemple, Bent, le Canadien, avec sa chemise hawaïenne, est devenu Aloha.

Aloha
Deadlift. Que vous connaissiez sous le nom de Katariina.
Water-tank. (Le répétez pas, mais selon la rumeur, il y aurait peut-être un certain rapprochement entre lui et Deadlift… C’est pas moi qui vous l’ai dit.)

Viking, donc. Moi, ça me plaît bien. Le rappel de ma Normandie natale y est peut être pour quelque chose.

Je traine toujours mes jambes, je n’ai plus d’énergie. J’arrive au sommet d’Apache Peak, et là, je suis sensé descendre 1 mile pour aller chercher de l’eau, puis remonter. Non. J’ai la flemme. Je me fais de quoi manger, et je me repose un peu.

Et je vois alors débarquer Deadlift, Aloha et Stefan. Je leur raconte l’histoire, pour mon trail name, mais eux m’en ont trouvé un autre : Ghost.

J’apparaîs quand on ne s’y attend pas. Je ne suis plus là quand on m’y croyais. Vous me pensiez derrière vous? Je fais une pause dans votre prochain virage. Vous vous pensiez seul sur un campement, et à votre réveil, je suis là.

C’est assez amusant. Ça tient de mon rythme de marche, plutôt atypique. Les autres marchent plus vite, mais moins longtemps, et ils se lèvent en général plus tard. Par contre, il va falloir vous décider. La règle, pour les trails names, c’est que ce sont les autres qui décident pour vous. Je pense que c’est Ghost qui va rester, mais on verra.

Enfin, si je ne veux pas arriver de nuit, il va bien falloir se motiver. Je descend donc jusqu’à la source, prend 4 litres, et remonte… Le détour n’est pas aisé, mais j’ai laissé mon sac à dos en haut. Et curieusement, je me sens beaucoup plus léger.

Depuis là haut, on voit très bien Palm Springs

Le chemin est de plus en plus compliqué, du fait des arbres tombés. Ils impliquent de devoir passer soit par dessus, soit par dessous, souvent en devant enlever le sac a dos et ramper, soit parfois de les contourner.

Petit exemple. Pas le pire, ceci dit.
Il reste parfois un peu de neige, côté nord, mais ça passe. Ça a bien fondu.

Le campement visé est à 2500m. J’arrive vers 19h30. Il y a du monde sur le spot ( en même temps, du fait des arbres morts, les emplacements sont limités), mais je repère 2 tentes, il est possible que ce soit encore Stefan et Aloha. Ils sont déjà couchés, on va encore rire demain matin…

Presque pas d’arbres ou de buissons, si jamais ça souffle plus fort, ce soir, je vais le sentir. J’essaie de trouver un petit coin à l’abri du vent. Pas facile, je m’abrite derrière un petit rocher. Cependant, pendant la nuit, le vent tourne. Mauvaise pioche.

Ma destination du soir: presque en haut, un peu à droite.

J12 (du mile 175 à Saddle Junction, mile 180) (plus 3 miles de trail depuis la jonction, plus 3 miles pour descendre en ville)

26 avril

Température au réveil : 8°C. Il est 6h, je traine dans mon duvet. Allez, ce matin, c’est petit déjeuner au lit. Sauf que c’est moi qui cuisine… Petit coucou à Aloha et Stefan, hilares.

Je finis par reprendre la route. Direction Saddle Junction, intersection d’où je compte prendre le chemin d’Idyllwild, mon prochain ravitaillement.

Je suis venu de par ici, hier…

Je m’arrête d’abord au ruisseau du coin: plus d’eau, je suis à sec.

Et je descend, jusqu’à la ville. Ce qui veut dire, évidement, qu’il faudra remonter pour repartir, mais ça fait partie du jeu.

Ce soir, je partage un logement avec Aloha, Stefan et Uconn (Américain, il a déjà parcouru l’Appalachian Trail en 2016).

Douche, lessive, recharge des batteries… Le ravitaillement est prévu pour demain. On est tous d’accord sur ce point: demain, personne ne marche. C’est un zéro-day. Je croise d’autres hikers, rencontrés ces derniers jours, tout le monde semble avoir le même plan .

J’ai la chance de rencontrer le maire de la ville. Ceci n’est pas une blague, c’est vraiment le maire. Depuis juillet 2013.

Il est facile à reconnaître, il porte la cravate.
Il a aussi son équipe d’adjoints à la sécurité.

Ce soir, je dors dans un vrai lit…

21 commentaires sur “San Jacinto Wilderness”

  1. Clara Garet (ta fille)

    Ils sont top chou les chien tu peux m’en ramener un papa stp !!!!!!! dis oui !!!!!! stp !!!!!

  2. J’adore vraiment ton blog Emilien : ton récit est bien écrit et souvent amusant, tes photos sont superbes et même tes suggestions musicales sont sympas. Du coup, je me connecte tous les jours pour voir s’il y a un nouveau post !
    Continue, tu nous fais rêver !
    Bises

  3. Salut Emilien.

    ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles : ça faisait longtemps… et maintenant qu’on a le full-internet au boulot, ton blog égaye mes longues journées de labeur… ( il est vachement agréable à lire : ni trop long ni trop court avec juste ce qu’il faut de belles photos )
    tu parais radieux et tu t’es déjà fait plein de copains sur le chemin… tu avances bien… tout roule quoi…

    seul « bémol » pour moi : les burgers-frites made in u.s. ne me font pas kiffer – les buns ont l’ai tout mou et les frites sont pas cuites… ah et autre chose : tu bois trop d’eau… tu vas rentrer tout rouillé !

    profite bien…

  4. Encore de belles photos !
    J’aime beaucoup tes arrêts aussi entre copains de route, l’ambiance à l’air super sympa…mais ce n’est pas pour ça que je ferai la même chose que toi pour autant 😉
    Bon courage pour les étapes à venir un peu plus difficiles que tu décris
    Biz
    Céline

  5. BOURSAIN Marie-Claire

    Salut Emilien
    Je viens d’apprendre ce matin au boulot ton périple. Super comme projet …. je te souhaite bonne route et bon courage surtout … et je ne manquerai pas de suivre ton blog et découvrir ton parcours à travers les superbes photos et commentaires de tu vas publier…

    A+
    Marie Claire

  6. Bravo Emilien, nous te découvrons sous un nouveau jour avec beaucoup de plaisir. C’est un bonheur de lire tes commentaires plein d’humour et de savourer tes photos. Nous comptons bien te suivre jusqu’au bout…

    Bises
    Françoise et Gilles

  7. Coucou Emilien, rassurés de voir la bonne organisation pour l’instant et que tu n’es pas tout seul sur ton chemin! Continue à nous faire voyager avec les photos et tes récits! Mais fait attention aux bêbêtes. Bisous … Maman et Papa

  8. Magnifiques photos, tu avances bien et tu sembles te faire des amis . Bonne continuation , je jeterai un œil régulièrement à ta jolie progression

  9. Coucou Emilien je n’ai qu un mot bravo 👏 je ne connaissais pas ce côté de ta personnalité. J ai apprécié de te lire. Belles photos . Très bien écrit. Tu es vraiment courageux. Alors je te souhaite une bonne continuation et prend bien soin de toi.

  10. Bonjour Emilien dit le viking 🙂 Je ne connaissais pas le PCT mais a travers tes photos tes récits ça donnerait presque envie !!! Enfin on va se contenter de te suivre c’est plus sûr ! Superbes décors et tu nous raconte tellemnt bien .. Bon courage à toi et continue a prendre soin de toi .

  11. Coucou Emilien,

    Contente de voir que tout va bien pour toi…. si loin :)))
    De très belles photos et un récit si complet ….. Continue on a je pense tous envie de te suivre à chaque étape :))
    Tu vis une expérience tellement riche !!!!
    Prends soin de toi et à très bientôt
    Christine

  12. Super Emilien contente de lire tes récits , tu prends du plaisir avec des gens sympas . Tu vois de merveilleux paysages ….. Bref tu gères très bien

  13. Encore merci pour ton récit et tes photos, c’est super !! Comme dit plus haut, ça donne envie de faire la même chose mais je serais bien incapable. lol
    J’ai regardé pas mal de vidéos du coup, de français, qui ont réalisé le PCT histoire de voir ce qui t’attendait. 😉 Courage dans la future Sierra.
    Et il y a des mecs qui ont bouffé des burgers et des m&m’s pendant 5 mois et qui ont perdu plusieurs kilos tellement ils brûlaient de calories !! Donc tu peux y aller sur les burgers 😀
    Prends bien soin de toi et profite !
    Et n’oublie pas, à chaque jour suffit sa peine.

  14. Salut à toi ,Cartapus !
    Tu as l’air de t’éclater, ça donne envie…
    Profite bien et sus aux ampoules 😘

  15. On ne peut te dire que bravo,bravo !
    Et c est avec plaisir visiblement !
    Tu nous fais rêver ! Continue !

    Bon courage pour les jours a venir .

    Michèle

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