De Agua Dulce à Hiker Town
J33 (de Agua Dulce, mile 454, au mile 478)
17 mai
On a dormi sur la terrasse du restaurant mexicain. Le patron est d’accord pour accueillir les hikers pour la nuit, le sheriff est au courant, on ne sera donc pas embêtés.
Il y avait, auparavant, un couple de Trail Angels, les Saufley, qui accueillaient tous les hikers de passage. Tous. Mais ils ont arrêté.

Lever à 5h, petit déjeuner avec instant oatmeal et reste de pizza. Et on part.
Évidement, puisqu’on est dans une vallée… On va commencer par monter. Et voilà comment on transpire dès 6h30 du matin…


Le premier arrêt du jour (en dehors du second petit déjeuner) sera à une source d’eau, à 9 miles. En théorie, c’est la seule source avant la station de pompiers, 15 miles plus loin. Seulement…
Quand je vous dis une source d’eau, vous imaginez quelque chose de plutôt bucolique, non? Ici, pour accéder à l’eau, il faut éviter les abeilles, qui ont envahit la zone. On se déplace lentement, pour ne pas les énerver. Et l’eau sent le pet.

Je n’ose pas goûter, mais Sheppard tente. Il la recrache aussitôt. Ok, ça sent le pet, ça a le goût du pet. Mais c’est de l’eau. Hum…
On est peut-être sauvés. Environ 3 miles plus loin, le trail traverse une route. Quelqu’un a déposé de l’eau, il y a quelques jours, mais on ne sais pas s’il en reste.
Donc on fait comme s’il n’y en avait plus, on ne sais jamais. On stocke de l’eau-qui-pue pour 15 miles. Et on la jettera s’il en reste près de la route.
Bingo.

Je l’admet, je suis soulagé. Cependant, dans la section qui vient, on ne sera peut-être pas toujours aussi chanceux. Et les point d’eau y sont réputés pour, disons le ainsi, ne pas être les meilleurs du trail.
On vient de faire 12 miles. Et c’est alors que Sheppard m’annonce qu’il aimerait bien tenter de terminer les 12 miles restant jusqu’au prochain point d’eau ce soir. Alors qu’il y a un beau campement à 8 miles, ce qui nous ferait 20 pour la journée…
Bigre. Ça va être long. Il m’aurait dit ça hier soir, je le serais levé plus tôt, pour faire plus de pauses, et me reposer. Ces périodes de repos me permettent de repartir presque comme après une bonne nuit de sommeil.
Et en plus, il est midi. Le soleil tape fort. Et on doit attaquer la prochaine montée. On va attendre avant de repartir. On mange, et petite sieste.
Le paysage n’est pas des plus passionnant, aujourd’hui. C’est surtout monotone. on a bien un lac, pas très loin, mais le PCT ne prend pas cette direction. Dommage, la baignade aurait été appréciée.

Comme d’habitude, Sheppard est parti devant. En même temps, les montées, c’est pas trop mon truc. Je suis lent. Surtout quand il fait chaud.
J’arrive tout de même campement qui marquait les 20 miles de la journée. Sheppard m’a laissé un signe sur le sol, pour dire qu’il a continué. Il est 18h15…

Après hésitation, je choisi de continuer. Ça va me faire arriver tard, mais j’ai envie de voir si je peux monter à 24 miles. Il me reste environ 2 miles de descente, 1 de montée, et 1 dernier de descente pour terminer. Ça devrait être jouable.

Et ça le fait. J’arrive tard, mes pieds sont sensibles. Je ne marche pas vite. Je monte mon campement en vitesse, je me fais un repas déshydraté que je mange à la lampe frontale, la nuit étant tombée. Et au lit.
J34 (du mile 478 au mile 498)
18 mai
Bon, on va être un peu plus raisonnables. 24 miles hier, c’était peut-être un peu trop. On ne planifie que 20 pour aujourd’hui, 15 demain, et 5 pour arriver à Hiker Town. D’où on ne repartira que le soir, après ravitaillement et repos. J’y reviendrais.
Les points d’eau commencent à devenir un peu problématiques. La plupart sont à sec. Ceux qui ne le sont pas sont proches de l’être. Je plains sincèrement ceux qui ne commencent le PCT que maintenant…
Le premier de la journée se situe près de la fin de la première montée de la journée. On se lève encore à 5h, avec le soleil, pour commencer tôt.


La source n’est pas encore à sec, on arrive à obtenir environ 1/2 litre par minute. Elle a aussi un petit goût terreux, mais ça passe. C’est un peu long, mais on obtient ce dont on a besoin, et on repart.

On aborde une nouvelle zone brûlée.



La source d’eau que nous avions repéré pour l’après midi nous laissait perplexe, au vu des derniers avis. Nous avions pris un peu plus, au cas où. Et nous avions bien fait: l’eau de la citerne a un aspect huileux, assez peu engageant. Pas trop grave, la suivante n’est pas loin (5,6 miles), mais plus difficile d’accès. En gros, il faut quitter le trail, et naviguer au jugé entre les herbes hautes, jusqu’à tomber dessus. Merci au GPS, bien pratique dans ces conditions.

L’eau de cette citerne a un bien meilleur aspect, et est bien fraîche. Et on est à 300m du campement de ce soir.
C’est en descendant vers le campement que j’ai un léger problème. En descendant une pente, le sol se dérobe sous mes pieds. Je termine deux mètres de descente sur les fesses. Pas de bobo, tout va bien. Enfin, pour moi.

Bon… Pas trop grave, je vais être un peu plus lent les prochains jours, j’imagine. Mais ça implique aussi pas de tente jusqu’à ce que je trouve une paire de remplacement. Puisque, pour rappel, mes bâtons me servent aussi de mâts de tente.
Bon, heureusement, j’ai un peu de réseau. Je tente de me faire livrer des bâtons à Tehachapi, une ville où nous passerons bientôt.
On monte le camp, on profite de la table de picnic pour cuisiner et manger plus confortablement, puis je tente de résoudre mon problème. Mauvais timing, on est mercredi soir. Le temps que la commande soit validée, le week end va arriver… Tous les modèles ne sont pas livrables dans des délais réduits qui m’arrangeraient bien.
La tête dans mes problèmes de logistique, je lève le nez de mon portable… Et je pique un sprint. Le vent s’est levé, mon duvet fait une magnifique voile et est en train de s’envoler, accompagné de mon matelas, auquel il est accroché…
Bon, je récupère mon matériel, et je me couche. Au moins, avec moi dedans, ça ne devrait pas s’envoler. Je finis par trouver une paire de bâtons livrables dans des délais cours, je cherche aussi pour des chaussures, les miennes commencent à fatiguer. Pas possible dans des délais aussi réduits, tant pis. Je passe ma commande, et au dodo.
J35 (du mile 498 au mile 515)
19 mai
Nuit venteuse, mais j’ai bien dormi quand même. 15 miles au planning aujourd’hui, ça va être plus tranquille.
On reçoit des nouvelles de Deadlift, qui nous confirme qu’il vaut mieux éviter de dormir à Hiker Town. La pire nuit depuis le début du PCT, selon elle.
On arrive à la première citerne du jour. Que l’on évite, comme prévu. Celle-ci ne contient pas vraiment de l’eau, mais plutôt une « soupe de rats ». Ces bébêtes sont attirées par l’eau, tombent dedans, et ne peuvent pas sortir… Ouais, ça donne envie, hein?

Fort heureusement pour nous, la suivante n’est pas encore vide. Elle est bien plus propre. Et fraîche…

Un peu plus loin, sur le bord du chemin, une paire de bâtons.

Je les prends. D’abord, parce que ça va m’aider à aller plus vite, pour le moment. Et surtout, je parie qu’il y a quelqu’un, à Hiker Town, qui sera bien content de les récupérer.
On fait une grosse pause à partir de 11h30. On mange, et on fait une sieste, à l’ombre d’un gros arbre. Jusqu’à 15h.
On range nos affaires, et on repart. Pour 0,2 miles. On s’arrête un instant pour discuter avec un autre randonneur. Il y a une table, on s’assoit… Et 45 minutes plus tard, on est encore là.
Sheppard a repéré un évènement sur les réseaux sociaux. Un mec organise une marche en groupe de nuit, à partir de Hiker Town, avec musique et divers objets et peintures qui brillent dans le noir. Ça l’intéresse. Le problème, c’est que l’on a déjà prévu une journée à ne pas marcher, il en faudrait deux de plus. Ça m’enchante un peu moins. C’est le timing qui m’embête.
De plus, il nous reste quasiment 10 miles jusqu’à Hiker Town. Et il aimerait bien rester ici pour la nuit. Hum…


Il ne me reste pas beaucoup d’eau. C’est que cet arrêt n’était pas vraiment prévu. Je serais trop juste pour le petit déjeuner, demain matin. Je dois passer par la prochaine source, plus loin. Et puis, j’ai prévu de marcher le moins possible demain matin, pour être en forme le soir.

Donc je le laisse, et je continue. Un peu plus que prévu, d’ailleurs, puisque mon campement sera à 3 miles de Hiker Town.
J36 (du mile 515 à Hiker Town, mile 518)
20 mai
Bon, OK, quand j’ai dit qu’on ne faisais que longer le désert, j’ai un peu menti. Je vais traverser, aujourd’hui, l’extrémité ouest du désert de Mojave. Mais la section ne fait que 20 miles, ce qui est quasiment négligeable, non?
Seulement, ce n’est pas une section réputée facile. Elle est monotone, et la chaleur y est écrasante. On traverse d’abord vers le nord, où l’on rejoint un aqueduc qui alimente Los Angeles. Des millions de litres d’eau y circulent. Mais on n’y a pas accès, c’est une section sans eau…

Et j’ai prévu d’affronter cette section, en partie au moins, de nuit.
Donc le plan, aujourd’hui, c’est d’accéder à Hiker Town, de tenter de retrouver le propriétaire des bâtons, s’il n’est pas déjà reparti, de me laver, de laver mes vêtements, de ravitailler, de mettre à jour le blog, de manger, de papoter avec les autres hikers… Et d’attendre la fin de journée pour repartir. Et alors marcher le plus longtemps possible. Si la partie problématique n’est pas terminée, me relever de bonne heure, et repartir.
L’un des avantages de ce programme, c’est que ce matin, pas besoin de mettre mon réveil. Par contre, il a fait chaud cette nuit. Pas eu besoin du duvet.
Environ 1 minute après avoir rangé mes affaires et être reparti, qui je vois arriver sur la colline précédente? Sheppard! Il a fini par se décider à avancer un peu, à cause du vent qui soufflait au campement, et trop de monde à son goût. Mais il s’est arrêté avant l’endroit où j’étais.


On arrive rapidement à Hiker Town. Contrairement à son nom ce n’est pas une vraie ville. Le propriétaire était producteur de cinéma, et a reconstruit des mini-bâtiments, de type western. Ce qui crée un genre de mini-ville. Il y a un saloon, un bureau du sheriff, une école, etc… On peut les louer pour la nuit.


La personne qui a perdu ses bâtons à dû déjà partir. En un sens, ça m’arrange bien. Je suis maintenant propriétaire d’une super paire de bâtons de rando.
Il y a un dicton, que les hikers utilisent ici. Trail provides. Le trail te donne ce dont tu as besoin. Mais pas forcément ce que tu voudrais…
Douche, lessive, repas et ravitaillement. Pour un peu plus de deux jours.
J adore la chanson de ta suggestion! Quelle aventure , c’est addictif ton blog. Continues comme ça, ça a l air de te réussir même les désagréments finissent par trouver leurs solutions. Incroyable le relief , la vegetation, tout est tellement différent d un endroit à l autre.
Qui a dit que tu n’étais pas chanceux ??? Faut le faire quand même, casser un bâton et en retrouver une paire aussitôt ! Je suis persuadée qu’à force de regarder les étoiles, il y en a une qui veille sur toi…. Regarde bien autour de toi tu vas peut être trouver une paire de chaussures neuves à ta taille…. Odile